
La tenaille va-t-elle se refermer sur SNEF & Cliptol Sport et Concarneau Saint-Barth ? Dans leur sud les deux taiseux de Solar Inox continuent d'alimenter la chaudière de l'express pour Saint-Barth. Au nord, les deux complices de Cercle Vert tentent, à la faveur d'une bascule de vent, de venir couper la route des deux leaders du classement général de 11h. Comme un remake au ralenti des Dents de la Mer, les deux tandems du centre donnent le dernier coup de rein pour échapper à la gueule du monstre...
Sauf surprise de dernière minute, la victoire ne peut plus échapper à la bande des quatre. Mais, bien malin qui pourrait aujourd'hui donner le tiercé dans l'ordre tant les navigateurs prennent un malin plaisir à entretenir le suspense. Et chacun d'afficher une confiance absolue dans sa trajectoire et ses chances finales. Et tant pis si, au bout du compte, il faut troquer un bond de kangourou pour un saut de puce pour être devant. Seule la victoire est jolie et qu'elle le soit de quelques secondes ou de plusieurs heures n'a guère d'importance. Jean Paul Mouren sur SNEF & Cliptol Sport n'hésitait d'ailleurs pas à l'évoquer : « Solar Inox arrivera probablement en tête dans les eaux territoriales de St Barth, de nuit. Puis il va s'empétoler pendant que nous ferons un petit détour pour revenir. Quand le vent s'établira, ce sera égalité puis match racing.»
En clair, la pression est au sud et pour avancer toujours plus vite, il faut du vent. La petite rotation attendue des vents devrait permettre aux tenants de la route du nord de se recaler. Gildas Morvan joint à la vacation de ce midi continue de pousser les feux de son Cercle Vert avec une grande sérénité apparente : « On a un petit décalage ; maintenant on fait route sur St Barth. La course va se juger à Colombier pour moi, suivant les angles. » Quand aux deux tenants de la route directe que sont les duos Pellecuer – Mouren et Danet – Péron, ils espèrent que leur position avancée va leur permettre de s'extirper de la mâchoire du squale. Dans une telle situation, beaucoup pourraient perdre les pédales, mais Miguel Danet sur Concarneau – Saint Barth préférait se la jouer à la vacation dans le style « même pas peur » : « Trois, deux ou un, ça reste notre objectif final ; ça ne change pas, mais il ne faut pas trop en demander non plus. Vous devriez pouvoir nous payer des coups, je dis bien « des » coups et non pas « un », dans la nuit de lundi à mardi ou mardi matin ; avec l'or autour du cou bien sur ! » Verdict dans quarante-huit heures devant la pointe à Colombier.
Lièvres ou tortues ?
En retrait du quatuor infernal, la course n'a évidemment plus tout à fait la même saveur pour les équipages qui tentent tous de rallier Saint-Barth au plus vite. On se donne des objectifs intermédiaires, on se dit qu'entre le travail à la mine et le grand soleil des alizés, la balance est inégale… Vient déjà l'heure des premiers bilans, des projets d'avenir. Erwan Leroux à bord de Lenze avouait ainsi que, si les circonstances le veulent bien, il serait sûrement à nouveau au départ de Franck Le Gal : « La vie à bord avec Franck c'est que du bonheur ! Il m'a déjà proposé de la refaire dans deux ans! On rigole beaucoup et il fait bien à manger en plus. Donc on va le garder ! ». D'autres cherchaient encore comment le sort avait pu se retourner contre eux après avoir longtemps mené la danse sur la route du nord. Pourtant tous le jurent : aucun d'entre eux n'a pris le temps de batifoler dans la luzerne quand les tortues de la route du sud affichaient plus de 500 milles de retard. Vincent Biarnes à bord d'Athéma ne cachait pas sa déception de ne pas pouvoir rivaliser avec la tête de flotte : « On a eu une petite baisse de moral il y a deux ou trois jours mais on a rien lâché pour autant. C'est ma première transat, et mon sentiment c'est que c'était très intéressant. Jusqu'à Porto Santo c'était un régal, puis ensuite entre Porto Santo et St Barth l'option a été dure à choisir car avec la météo à 7 jours ce n'était pas évident. On aurait pu faire mieux, mais étant donné les fichiers qu'on avait à Porto Santo, descendre dans le sud n'était, pour nous, pas très logique. » Les gros matous du nord regretteront encore longtemps d'avoir laissé danser les souris du sud…
CLASSEMENT11/05/2008 à 17:00
SNEF et Cliptol Sport
PELLECUER Laurent - MOUREN Jean Paul
CONCARNEAU - ST BARTH
PERON Eric - DANET Miguel
CERCLE VERT
MORVAN Gildas - LE CAM Jean
dimanche 11 mai 2008
Transat AG2R :SPRINT INTENSE POUR LA BANDE DES 4
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Transat AG2R :Ne pas mollir

Tenir, ne pas mollir… Voilà ce à quoi sont sommés les 23 équipages de la 9ème Transat AG2R. Après plus de 20 jours de course et alors qu’il reste encore 400 milles pour les premiers, 780 pour les derniers, tous sont logés à la même enseigne : celle de la longueur. Si quatre bateaux se disputent encore la victoire sous les latitudes tropicales et sont portés par l’envie et l’espoir d’accrocher la course à leur palmarès, d’autres jouent contre la montre. Pour, au mieux sauver quelques places, au pire ne pas s’éterniser sur l’océan. Ce matin la régate s’intensifie en tête : décalé au Sud, Solarinox (6è à 60 milles) accélère et menace de recoller à la tête de course emmenée par SNEF-Cliptol Sport…
En 2006, depuis 24 heures déjà, Kito de Pavant et Pietro D’Ali en avaient fini avec cette traversée océanique. Sur cette 9ème édition, les équipages doivent composer avec les langueurs océanes qui ont sérieusement freiné leur progression. La faute à une météo Atlantique, qui si elle n’a rien d’exceptionnel n’en a pas moins complexifié la partie. Au Nord et aux abords de la route directe, pas de salut qui tienne. Les milles sont là qui s’accumulent. Financo, ex et solide leader progresse en 10è position à 200 milles des premiers. Au Sud, on le sait, ça passe et ça avance. Mais les équipages ont considérablement rallongé leur route. Résultat : même s’ils progressent portés par un bon flux d’alizé, il leur reste encore 400 milles à parcourir.
Quadrature du cercle
Il y a une certaine quadrature du cercle à résoudre à deux bons jours de l’arrivée. Jamais simple. Quatre bateaux n’ont en effet de cesse de se disputer les honneurs de la victoire finale. Qui de Concarneau-Saint Barth, SNEF-Cliptol Sport, Cercle Vert ou encore Solarinox, trouble-fête désigné, l’emportera ? Quel sera le tiercé ? Sur l’eau, c’est toujours le même statu quo. Le tandem caraïbo-breton et le duo de sudistes jouent encore au chat et à la souris en tête. A l’aube du 21ème jour de course, avantage au tandem Pellecuer-Mouren qui a pris la tête et affiche 6 milles d’avance face aux impétueux de Concarneau-Saint Barth. Ces deux-là n’ont certainement pas fini d’inscrire leurs noms au palmarès de cette édition, dont ils se révèlent parmi les grands animateurs. Quant à la paire des experts de Cercle Vert, elle veille tout près derrière. Savoir les « vieux crabes » du bord à 12 milles derrière à deux jours du dénouement, voilà qui constitue une belle menace pour leurs prédécesseurs au classement.
Quant aux filous de Solarinox, ils fourbissent toujours leurs armes par-dessous. Leur stratégie ne manque pas de rajouter un peu sel. Ces dernières heures, les deux complices du bord, Ronan Guérin et Luc Poupon, ont en effet passé la vitesse supérieure. Ils ont repris 10 milles. Les voilà 6ème à 60 milles. Tous les rebondissements sont encore permis au regard de ces dernières évolutions et des routages qui les ont volontiers vus faire leur entrée les premiers… de conserve avec les sudistes de SNEF. Bref, rien est joué. Tout reste à faire. Et vogue l’incertitude !
Régate en baie de Gustavia
On prend les mêmes et on recommence, ou presque. A terre, mieux vaut prendre son mal en patience et ne pas chercher midi à 14 heures. La 9ème Transat AG2R ne livrera son verdict et ne désignera son grand vainqueur que dans les tout derniers milles. Paradoxalement, à l’issue d’une traversée qui traîne volontiers en longueur, les arrivées promettent de se succéder en accéléré. Le dénouement se jouera sans nul doute sur le mode de la régate au contact. On ne va pas s’en plaindre. C’est là toute la magie de cette traversée océanique à armes égales qui place les équipages sur un pied marin d’égalité. Et que le meilleur gagne !
TROPHÉE DE LA PERF :
TETRAKTYS
Pascal Desmarest et Bert Schandevyl ont parcouru 238,3 milles en 24 heures.
CLASSE MENT 11/05/2008 à 05:00
SNEF et Cliptol Sport
PELLECUER Laurent - MOUREN Jean Paul
CONCARNEAU - ST BARTH
PERON Eric - DANET Miguel
CERCLE VERT
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mardi 6 mai 2008
Transat AG2r: Nous ne sommes plus au près

Du nouveau sur la flotte de la Transat AG2R ? Quoi de neuf dans les eaux troubles de l'océan Atlantique ? Au dernier classement, pas de doute, les bonnes nouvelles viennent du Sud, du « Grand Sud », où Concarneau-Saint Barth, SNEF-Cliptol Sport ou encore Solarinox abattent les milles à vitesse grand V. Ce matin pourtant, le classement est à prendre avec des pincettes puisque sept bateaux ne sont pas localisés...
« La boussole, elle est con : elle indique le Nord alors que tout le monde préfère le Sud… » Cette phrase d'un humoriste ne fera certainement pas rire le petit groupe de bateaux qui mangent toujours leur pain noir dans les hauts du plan d'eau. Les classements de cette traversée de l'Atlantique, un peu comme la boussole, continuent pourtant de les mettre à l'honneur. Dans l'ordre et toujours pointés en tête par Argos, il faut jouer Financo, Athema et certainement Défi Mousquetaires. Coriaces et forts de leur petit matelas de milles d'avance, ils tiennent tête. Pour combien de temps encore ?
Sur l'eau, l'histoire qui se trame depuis plusieurs jours commence à s'écrire. Indéniablement, les adeptes de la Longue Route, tous ceux qui sont allés pêcher l'alizé à des latitudes limites raisonnables, récoltent les fruits de leur option. Et de leur audace. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes par 16° Nord… Là, l'alizé souffle à plein régime pour gonfler les voiles et le moral des troupes. Le pétillant Marseillais, Jean-Paul Mouren, a de quoi se réjouir. Aux côtés de Laurent Pellecuer à bord de SNEF-Cliptol Sport, il n'a pas fini de faire des étincelles. Ce matin, à l'aube, les deux compères sont revenus en force : ils n'affichent plus que 10 milles de retard sur Cercle Vert. Le speedomètre coincé à 11-12 nœuds, ils ont surtout repris la coquette somme de 100 milles en 24 heures sur la tête de flotte. La recette de ce succès et de cette progression à haut rendement ? Ils vont presque deux fois plus vite que Financo & Co.
Même topo du côté de Concarneau-Saint Barth qui avale les milles avec l'appétit d'un ogre et n'a pas son pareil pour rattraper un retard accumulé au prix de son option radicale.
« Plus t'es Sud, plus tu vas vite », résume de son côté Thierry Chabagny à bord de Suzuki Automobiles. Il a tout dit. Dans les quartiers des 18° Nord, il progresse non loin de Cercle Vert à 9 nœuds environ. Si le marin-pilote du bord ne cache pas sa satisfaction d'avoir redémarré et repris du terrain sur les premiers au classement officiel, il ne fait pas mystère non plus de ses craintes au regard de son positionnement. Difficile en effet de contenir le retour des bateaux qui glissent et surfent à l'étage du dessous. Comme quoi tout est une histoire de latitude, une question d'attitude…
Ils ont dit…
KPMG – Bertrand Castelnérac – 7ème au classement de 5h
« On mange notre pain noir comme on dit ! On attend le vent, on espère que ce sera bientôt notre tour de filer avec ceux du Sud. Ça rentre, mais très doucement, on est donc un peu résigné. Cela fait plus de 24 heures que l'on est vraiment dans la pétole, et donc qu'on a du mal à avancer. C'est plus très drôle là ! On aimerait bien aller à St Barth quand même…. En plus les fichiers n'annoncent pas de bonnes nouvelles ce matin. Mais on y croit, on espère un décollage immédiat. Parce que si ça continue, on aura plus qu'à se mettre derrière le paquet du Sud et attendre d'arriver… Pour garder le moral, on essaie de relativiser et de se changer les idées. Ce qui nous fait tenir c'est que l'on espère encore décoller … »
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SUZUKI AUTOMOBILES – Thierry Chabagny – 6ème au classement de 5h
« Depuis hier nous avons un peu redémarré. Actuellement on a du vent autour de 20 nœuds, ça glisse pas mal. On trouve ce qu'on attendait ici. Pour l'instant on est moins bien positionné que d'autres bateaux du Sud, mais c'est quand même rassurant de voir l'écart se resserrer avec le groupe du Nord. On ne joue plus le même jeu, on ne peut plus rien faire pour eux et réciproquement, nos systèmes météo sont complètement différents. Maintenant, nos adversaires directs sont les sept bateaux du Sud, c'est avec eux que l'on regarde les écarts de vitesse. Ce matin en l'occurrence, ce n'est pas terrible ! On souffre un peu car nous sommes les plus au Nord. Notre but reste de descendre encore plus Sud, mais le vent ne nous le permet pas, ou alors on risquerait de croiser derrière le groupe et de le payer cher. Donc pour le moment on profite des oscillations. Mais quoi qu'il en soit ça fait du bien, car avant-hier on surfait sur la dorsale et on avait peur qu'elle nous rattrape. Maintenant, on devrait avoir des alizés jusqu'à l'arrivée… »
ATLANTIK FT – Phil Sharp (4ème au classement de 11h)
«Nous ne sommes plus au près. D’ailleurs je pense que l’on va détester le près jusqu’à la fin de nos jours. Maintenant on est sous spi mais on ne va pas très vite. J’espère que l’on va pouvoir bouger. Je préfèrerais être au sud. Mais c’est la course. On était au nord. J’étais très content d’accrocher à ce groupe. Il n’y a pas beaucoup de nourriture pour finir la course jusque Saint Barth. Je suis moins inquiet sur les quantités d’eau. Alors que l’on doit faire des concessions sur l’alimentation. L’ambiance est géniale. C’est bon pour l’équipe. David conduit le bateau vite, moi je préfère faire la navigation. Heureusement, David mange moins que moi : il est très petit. »
LES MOUSQUETAIRES - Gwen Riou (7ème au classement de 11h)
« Ca va mieux. On commence à décoller. Nous sommes à 16 nœuds. On redémarre. Nous sommes en train de regarder la position de 11h. On a joué. On a tenté. Ca a bloqué. Mais on ne lâche rien. C’est sur que l’on a pris pas mal de milles. On va essayer de rester accroché. Il y a du vent de sud. Mais ça peut évoluer vite. Si on peut aller en route directe, on préfère. Le jeu va être serré. Les journées passent très vite. Finalement on ne se rend pas compte du rallongement de la transat. Nous sommes à bloc. On n’a pas d’horaire carré à caler. Lorsque nous avons un temps de repos, on fait à manger, on bosse tranquillement sur la navigation. Nous n’avons même pas le temps d’envoyer un petit mail. On tente d’anticiper sur la navigation et de barrer un maximum pour économiser de la batterie. On a un bon tandem. Il reste 1400 milles. Ce n’est pas rien. On peut encore revenir. »
SNEF ET CLIPTOL SPORT - Laurent Pellecuer (9ème au classement de 11h)
« Le bateau allait super vite toute la nuit. On a bien progressé vers Saint Barth. Le moral est au beau fixe. On était prudent ces derniers jours et on le reste. Solar Inox a une option sud et Cercle Vert a tendance à déborder. L’alizé n’est pas constant. Mais c’est sympathique de rester dans le groupe. On verra si les nordistes arrivent à poursuivre leur option. Mais je crois plus au sud. On regarde dans les rétroviseurs de tous les côtés. Il y a un moment ou un autre où ça va se décider. Je pense que le sud est très intéressant. A nous d’être malin pour la suite. On va faire de notre mieux. Solar Inox plongeait dans le sud un peu rapidement. C’était un peu osé. Après il y a deux ans, Kito de Pavant et Pietro d’Ali avaient bien négocié la route plus sud. Aujourd’hui les vents sont faibles au nord. Donc on opte pour le sud. Cercle vert est toujours dans le jeu. Je découvre la vitesse de Concarneau – Saint Barth’. Il a énormément d’audace. Il navigue vite. La course est divisée en trois parties. La première partie s’est passé à Porto Santo, la seconde parie il fallait de positionner à droite ou à gauche. La troisième concerne le sprint vers Saint Barth.
AQUARELLE - LE FIGARO - Jean Pierre Nicol (19ème au classement de 11h)
« On commence enfin à toucher les alizés. On continue d’aller un peu sud pour nous permettre d’accélérer au fur et à mesure. On a fait le plus dur. C’est un soulagement. Maintenant le jeu consiste à ne pas trop s’allonger la route. On joue avec Défi Transat et Tetraktys. A chaque course on apprend de nouvelles choses. Il faut gérer le groupe des sudistes et les centristes qui ont géré un bon planning sachant que les centristes ont encore un vent assez faible. J’estime l’arrivée le 14 au soir. Je reste plutôt optimiste. C’est un peu difficile mais ça fait trois ou quatre jours que l’on a bien compris que la course allait se prolonger. On avait pris pour 23 jours de mer. On garde de l’énergie pour la fin. Pour Fabrice c’est une découverte et il s’aperçoit que c’est plus difficile que prévu. On est un peu juste au niveau préparation. On a tous les deux des projets en solitaire. On espère continuer ensemble et partager la logistique et les entraînements. »
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samedi 3 mai 2008
AG2R : Sud qui peut!

À l'aube du 13ème jour de course, il flotte une drôle d'ambiance sur la route de Saint-Barth. Il reste 1690 milles à parcourir pour les premiers, qui progressent toujours au près. Au Nord, Financo, Athema et Défi Mousquetaires se partagent encore les honneurs du classement. Pourtant, leur domination longtemps incontestée vacille soudain à la vue des prochaines évolutions météo. Ils plongent au Sud
Le malheur des uns faisant toujours le bonheur des autres, tous les regards se braquent au Sud justement. Là-bas, tout en bas, Solarinox et SNEF-Cliptol Sport semblent très bien positionnés, à plus de 400 milles plus loin, pour se refaire une santé au soleil des prochains classements. La roue tourne sur l'océan…
Drôle de course où les derniers ont le sourire, où les premiers font soudain grise mine. Et dire que les classements se suivent et se ressemblent. Ils ne disent rien, ou presque, des grands bouleversements qui se trament à l'horizon de cette nouvelle journée de mer. Ils révèlent bien sûr que tous les monotypes les plus haut perchés, qui progressent toujours au près, ont dare-dare planté l'étrave en bas. Sauve… et Sud qui peut ! La reconstitution d'un anticyclone sur l'échiquier de l'Atlantique bouleverse en effet la donne. Au Nord, il doit générer des bulles sans vent. Dans son Sud, aux alentours des 20 degrés de latitude, il doit réveiller un généreux alizé. Au Nord, il faut donc trouver une porte de sortie pour s'échapper. Au Sud, il faut patienter pour attraper cet alizé dans ses voiles avant d'accélérer. Deux camps, deux poids, deux mesures…
Les six du Sud
Ce matin, les écarts se creusent encore pourtant à la faveur des bateaux qui ont parié sur la face Nord de l’océan. Financo tient tête. Nicolas Troussel et Christopher Pratt affichent 190 milles d’avance sur Gildas Morvan et Jean Le Cam. 9ème, à bord de Cercle Vert, ces derniers qui ont longtemps pointé dans le groupe de tête n’en ont pas moins senti le vent tourner. Au propre comme au figuré. Depuis deux jours, ils plongent au Sud et gardent l’oeil ouvert sur les équipages qui sont descendus dans les tout premiers milles suivant le passage de Porto Santo.
Six bateaux – tous les retardataires de Madère qui n’ont pas voulu grimper au Nord - progressent dans ces parages : Sojasun, qui ferme désormais la marche à 645 milles des premiers, Concarneau-Saint Barth qui met le cap à l’Est, Axa Atout Cœur pour Aides, Sablières Palvadeau et enfin la paire Solarinox et SNEF-Cliptol Sport. Ces deux-là naviguent de conserve à des latitudes enviées par tous. Et dire qu’ils affichent encore des vitesses de l’ordre de 4 nœuds !
À mi-océan
Au 13ème jour de course, la 9ème Transat AG2R semble prendre un nouveau départ. À mi-Atlantique, alors que les 23 équipages se sont éparpillés dans tous les sens, le suspense persiste. Bien sûr, il est encore trop tôt pour vendre la peau des Figaro Bénéteau du Nord qui ont montré à quel point ils ne manquaient ni de ressource, ni de motivation. Mais le Sud a de toute évidence repris ses droits. Le jeu s’ouvre soudain en grand sur l’océan. Passionnant !
Ils ont dit…
FINANCO – Christopher Pratt – 1er au classement de 5h
« Nous avons des conditions agréables, 15 nœuds au près, la mer s’est adoucie depuis les dernières 24 heures. Les prévisions ne sont pas stables et pas fiables, il est difficile d’établir un pronostic. De toute façon notre placement est déterminé maintenant. Notre objectif est de trouver la porte de sortie sans perdre de distance au but, puisque jusque-là nous sommes les plus proches de la ligne orthodromique. Il va falloir réussir à conserver cette petite avance que l’on a depuis le début pour combler le fait que l’on ait moins de vent que les autres.C’est sûr que la position Nord est moins confortable qu’il y a quelques jours mais on travaille sur le long terme, il ne faut donc pas s’enflammer à chaque nouveau fichier… »
CERCLE VERT – Jean Le Cam – 9ème au classement de 5h
« Il fait beau, le ciel est étoilé, la mer plate, on a des conditions géniales. L’évolution météo ne change pas grand-chose pour nous, notre but est toujours de toucher les alizés. Ça doit être difficile pour ceux du Nord de redescendre dans le Sud avec les vents de Sud Ouest. Moi je ne changerai pas ma place pour la leur ! Nous, on surveille du coin de l’œil Lucky Poupon (Solarinox, ndlr) et ceux qui sont encore plus Sud. Ce sont vraiment eux nos concurrents maintenant. Je pense que le classement devrait évoluer d’ici 5 jours et on devrait pouvoir revenir dans le match. On va avoir une bascule de vent d’ici 2 ou 3 heures, on va donc virer de bord : on va arrondir gentiment la dorsale pour être sous spi la nuit prochaine. En fait là on investit, c’est après que les affaires vont reprendre. À bord de Cercle Vert, on joue aux banquiers ! »
LES MOUSQUETAIRES – Bertrand De Broc – 6ème au classement de 5h
« Tout va bien. Les conditions sont douces par rapport à la mer hachée et aux conditions mouvementées que l’on a eues récemment. Nous faisons route au Sud dans le but de retrouver nos amis qui traversent entre le Cap Vert et les Antilles. L’océan Atlantique est un peu spécial mais on fait avec, et puis ça fait partie du jeu. On a un anticyclone dans l’Ouest du Cap Vert qui place les alizés très Sud. Donc soit on choisit de faire la route directe et on lutte contre les vents d’Ouest, soit on descend très Sud pour prendre les alizés. Nous nous sommes fait un peu surprendre, donc on essaie de s’en sortir ! Je commence à bien connaître la Transat AG2R, et mon expérience me dit que les alizés peuvent très vite bouleverser le classement. En 2000, à 4 jours de l’arrivée, les derniers qui étaient très Sud ont fini sur le podium…. C’est difficile de contrôler le Nord et le Sud, il faut être réactif. Nous sommes restés centrés, nous ne sommes peut-être pas partis assez tôt au Sud. Mais bon, on verra bien ce qu’il se passe d’ici 48 heures… »
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