
Des commandos marine assurent la protection du Pourquoi Pas ?, qui mène actuellement une campagne océanographique d'un mois au large de l'Angola. Le navire scientifique, exploité par l'Ifremer, travaille sur les zones sédimentaires profondes du golfe de Guinée, une région où les infrastructures offshores sont en plein développement. Mais la zone est également très sensible, qu'il s'agisse de piraterie ou d'attaques de factions rebelles dans le delta du Niger. C'est la raison pour laquelle des unités d'élite de la marine sont à bord. « Le Pourquoi Pas ? appartient à 55% à l'Ifremer mais aussi à 45% à la marine, ce qui justifie de disposer d'une protection sur ce bateau », explique-t-on au ministère de la Défense.
Construit à Saint-Nazaire, le Pourquoi Pas ? à été livré en 2005. Long de 107.6 mètres pour un déplacement de 6600 tonnes en charge, il embarque de nombreux équipements hydrographiques et océanographiques, tout en pouvant mettre en oeuvre les sous-marins d'exploration Nautile et Victor 6000. Le Pourquoi Pas ? dispose d'un équipage de 30 personnes et peut accueillir une quarantaine de scientifiques.
mercredi 4 juin 2008
Ifremer : Des commandos marine sur le Pourquoi Pas ? au large de l'Angola
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dimanche 1 juin 2008
L'Ifremer explore un jacuzzi à 3000 m de profondeur

Commencée le 2 novembre depuis Rodhes à bord du navire océanographique le Pourquoi Pas de l'Ifremer, la seconde campagne Medeco (CNRS-Ifremer) , dirigée par Catherine Pierre du LOCEAN (UMR du CNRS) et Jean Mascle de GEOSCIENCES-AZUR (UMR du CNRS) a atteint sa troisième cible au large de l'Egypte, la caldera Ménes, le 15 novembre dernier. Cette structure, du nom de l'un des premiers pharaons, a été découverte en 2003 par le submersible Nautile au cours de la campagne Nautinil (CNRS-Ifremer). Cette dépression circulaire d'une cinquantaine de mètres de profondeur, large de 8 kilomètres est située à plus de 3000 mètres de profondeur à la base de la pente continentale égyptienne. Il s'en échappe, par deux petits cônes boueux (Chéops et Chefren), un mélange de saumure, de fluide et de boue provenant vraisemblablement d'une profondeur de plusieurs kilomètres sous le plancher marin, particularités qui ont suscité ces nouvelles explorations.
La cartographie micro-bathymétrique à 50 mètres au-dessus du fond des deux cônes, Chéops et Chefren observés à l'intérieur de la caldéra Menes, a été effectuée par le module de mesures en route MMR, tandis que la caméra OTUS filmait à 10 mètres au-dessus du fond. L'équipe scientifique a pu ainsi observer la présence de deux "cratères" jumeaux au sein de la structure Chefren, diverses sources de saumures et, pour la première fois, un étrange faciès, à la fois floconneux et anguleux visité et échantillonné par la suite au cours de la campagne.
Trois plongées ont été réalisées par Victor 6000 sur le cône boueux Chefren. Le cratère le plus méridional est vide de saumure. Le second renferme un lac de saumure de 250 à 300 mètres de diamètre. Il atteint en son centre, une profondeur de l'ordre de 150 mètres. Plusieurs mesures de températures (fournissant des températures avoisinant 60°) ainsi que des prélèvements divers de sédiments et de saumures ont été réalisés, soit dans le lac lui-même soit sur ses bordures.
La faune visible, surtout caractérisée par d'assez nombreux petits crabes fouisseurs et des poissons de diverses espèces, ainsi que la présence de vers polychètes, semblent indiquer une nourriture abondante en relation avec de nombreuses tâches, d'origine microbienne, visibles en fond de mer tout au long des bordures du lac. Le lac est lui-même constitué d'un mélange liquide de boue et de saumure. Une ceinture de matériel très fluide, recouverte de radeaux constitués d'amas blanchâtres (bactéries et soufre), se remarque à proximité du rivage.
Au cours de la nuit du 17 et d'une partie de la journée du 18, la structure Cheops, pratiquement au centre de la caldera, a été visitée à son tour par Victor 6000 pendant environ 14 heures. Cette plongée a été surtout consacrée à des observations et des prélèvements géochimiques mais aussi à des repérages pour prélèvements biologiques.
Le cône boueux Cheops, est situé presque au centre de la caldera, à l'instar de la structure voisine Chefren, Cheops est également caractérisé par de nombreuses sorties de saumures, mais aucun grand lac n'existe sur le sommet pratiquement plan du cône boueux. Les saumures sont évacuées par l'intermédiaire de nombreuses petites sources circulaires (quelques mètres de diamètre) que l'équipe scientifique décide d'appeler "jacuzzi". La plupart de ces jacuzzis (il en existe vraisemblablement plusieurs dizaines) sont entourés ou recouverts d'un matériel filamenteux blanc, constitué de soufre élémentaire provenant de l'oxydation de sulfures par des bactéries. Les saumures se retrouvent également au sein d'une dépression périphérique entourant le sommet. On retrouve la trace d'écoulement de saumures le long des pentes du cône sous la forme de "rivières" fossiles soulignées par des taches sombres de vase réduite. De nombreux vers tubicoles de différentes espèces profitent de cet environnement particulier.
Biologistes, microbiologistes et géochimistes se sont succédés toutes les 2 heures pour effectuer prélèvements et mesures. Un carottage pour mesurer le flux de chaleur a pénétré de 444 mètres dans le sédiment ! Connaître la température (et son évolution en profondeur dans les sédiments) et les saumures est essentiel pour évaluer la profondeur d'origine des sorties de fluides actives et tenter de comprendre leur dynamique de mise en place.
Durant la campagne Medeco leg 2, l'équipe scientifique a disposé de 4 systèmes différents pour mesurer ces températures. Mis en oeuvre à partir du navire, le carottier gravitaire, équipé de 8 sondes thermiques, permet à la fois de recueillir une colonne sédimentaire d'une dizaine de mètres (une carotte) et de mesurer l'évolution de la température depuis l'interface eau-fond et la base de la carotte. Après traitement de ces mesures, on peut calculer le flux de chaleur au sein de la colonne sédimentaire traversée et en déduire un flux moyen pour le secteur étudié. D'autres outils mis en oeuvre directement par le Victor 6000 permettent également de mesurer directement in situ la température du sédiment ou des saumures mais seulement sur quelques dizaines de centimètres de pénétration. Enfin, le "Tripod" MBS (Multi-Brine Sampler), surtout utilisé pour des prélèvements de saumures, est également équipé de capteurs thermiques qui fournissent des températures à la surface d'une saumure ainsi qu'à 45 et 90 cm au dessous.
Au cours des plongées sur la caldera Ménès, les températures mesurées, tant par les sondes équipant le carottier gravitaire, que par les outils mis en oeuvre directement sur le fond sont toujours anormalement élevées: supérieures à 70° au sein des boues et saumures issues de Chefren, de l'ordre de 42° dans la cheminée de Cheops, et 21° dès la surface de l'un des nombreux "jacuzzis". Pour les scientifiques de la campagne de telles températures anormalement élevées indiquent sans ambiguïté des flux de chaleur importants, donc une origine profonde pour le mélange boue - saumure - fluide évacué en fond de mer.
Pendant le transit de deux jours et demi vers ce nouveau site, le travail continue dans les laboratoires. Les plongées sur le sommet de Chéops ont en effet fourni des échantillons particulièrement importants pour les microbiologistes. Ces échantillons, sédiments et saumures, sont congelés à -80°C ou traités très vite afin d'en extraire à bord, ou plus tard à terre, les acides nucléiques (ADN, ARN) provenant des micro-organismes. Ces sédiments, très réduits et riches en gaz, sont en effet couverts d'un film blanchâtre d'origine bactérienne. Ceci est une indication de la présence à la fois de micro-organismes dégradant le méthane et de microbes aboutissant à la production d'hydrogène sulfureux (H2S). Les microbiologistes à bord espèrent découvrir de nouvelles souches microbiennes. Deux espèces de bactéries, dont l'une est déjà connue dans des sites hydrothermaux des dorsales océaniques et l'autre correspond à une bactérie "géante" (millimétrique), sont à l'origine de la production de soufre élémentaire. Ce soufre est soit extracellulaire - les filaments blanchâtres que l'on observe sur les photos -, soit intracellulaire, - des agrégats de soufre présents au sein des bactéries elles mêmes. On retrouve souvent ces derniers micro-organismes en association symbiotique avec les tubes de vers visibles sur le fond de mer.
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mardi 6 mai 2008
Le XXIe siècle sera maritime
JACQUES DE CHATEAUVIEUX président directeur général du groupe Bourbon, LUC GILLET directeur des transports maritimes du groupe Total, PHILIPPE LOUIS-DREYFUS président de Louis-Dreyfus, armateur et président des armateurs européens, EUDES RIBLIER président de SeaFrance et d’Armateurs de FranceET FRANCIS VALLAT président de l’Institut français de la mer et du cluster maritime français.
Les larmes de nos souverains ont le goût salé de la mer qu’ils ont ignorée», disait Richelieu il y a plus de trois siècles…
La commission du livre blanc sur la défense et la sécurité nationales n’a pas choisi - tout au moins à ce jour mais il est bien tard - d’entendre les responsables du monde économique maritime français, pas même ceux dont le métier est de faire naviguer ou d’exploiter leurs flottes sur les mers du globe. Des flottes dont les centres de décisions sont nationaux et dont nombre de navires battent le pavillon national.
Or tout le monde sait que le XXIe siècle est et sera celui du maritime… et plus particulièrement du transport maritime.
Tout le monde sait en effet que la mondialisation est une marche irréversible, porteuse de mutations voire de sacrifices, mais aussi de mille opportunités. Tout le monde sait ou devrait savoir que la prospérité de notre économie, au service de nos concitoyens, repose sur la sécurité des flux en ressources énergétiques et matières premières, et sur les échanges en produits manufacturés. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que le président de la République a déclaré que «le livre blanc sur la défense sera celui de la mondialisation», tandis que l’on assiste partout à un important réarmement naval, notamment en raison des enjeux maritimes liés au trafic commercial ou à l’exploration des ressources maritimes.
Mais trop peu savent que le cluster maritime français - avec sa dizaine de fleurons d’envergure internationale (ces dix grands métiers où les professionnels français sont sur le podium mondial) - a des chances particulières et des atouts formidables pour la compétition économique qu’implique la mondialisation. Chances dont certains ont d’ailleurs commencé à se saisir vigoureusement comme le montre le développement impressionnant - économique mais aussi de l’emploi - de secteurs armatoriaux là où la France était un acteur de seconde zone jusque récemment.
Ce sont l’armement de ligne, l’offshore, les services industriels, bien d’autres… qui d’ailleurs se conforment aux exigences et bénéficient sur toutes les mers des avantages du «contrôle naval» de la Marine nationale (réactivé depuis 2001 et qui aide à veiller en permanence à la protection de nos marins, des cargaisons, de nos bateaux). Or ce contrôle naval ne peut jouer vraiment son rôle que si la Marine est présente partout où passent nos navires : golfe Persique, Afrique et bien entendu Asie…
Alors c’est certes aux politiques et aux militaires de définir les forces navales dont la France a besoin, de réfléchir au nombre de porte-avions ou de frégates dont notre pays, et l’Europe d’ailleurs, ont besoin pour agir et peser sur les mers où se joue et se jouera de plus en plus le sort du monde. En revanche, il est de notre responsabilité de faire savoir clairement notre constat «quotidien» qu’un déploiement naval contribue, par sa présence, à circonscrire les crises et a un effet dissuasif très efficace propre à assurer la liberté à nos navires. Il nous appartient donc de dire que la marine marchande contrôlée par les entreprises françaises a besoin d’une Marine nationale forte et surtout présente dans toutes les zones de commerce du globe, et disposant d’une panoplie de moyens suffisante et suffisamment diversifiée pour qu’elle puisse jouer son rôle de protection.
Richelieu ajoutait que «de l’union des ressources privées et de la puissance publique doit sortir une marine [à deux faces : marchande et guerre, ndlr] capable de protéger et d’étendre le commerce… et de faire respecter de près ou de loin le nom de la France». N’oublions pas cette leçon de l’histoire à l’aube d’un siècle qui est d’abord maritime.
Source : Libération
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