samedi 7 juin 2008

Les pêcheurs doivent-ils remettre les voiles ?



La flambée des cours incite pêcheurs et automobilistes à trouver des astuces. Un retour à la voile est envisagé alors que les "économiseurs de carburant" ont déjà le vent en poupe.
Les experts sont réservés


Dans l'ère du pétrole fou, toutes les idées sont bonnes, même les plus saugrenues. Pour faire face à la flambée des coûts du gazole, un bureau d'étude breton propose de réintroduire la voile sur les bateaux de pêche, en complément du moteur et avec un système de gestion totalement automatisé.

"Il ne s'agit pas de revenir aux bateaux de pêche à voile du 19e siècle, mais de travailler avec les techniques du 21e siècle", explique Pierre-Yves Glorennec, créateur du bureau d'étude Avel Vor Technologies, porteur de ce projet. "Le but est de faire des économies de carburant d'au moins 20 à 30%", ajoute ce professeur en intelligence artificielle de l'université de Rennes. Le système est simple, explique Kevin Gendron, ingénieur chez Avel Vor : "Quand le pêcheur décide de prendre un cap, l'ordinateur lui dit si utiliser les voiles est intéressant ou pas. Si le vent est favorable, les voiles se règlent toutes seules et la puissance du moteur peut être réduite pour avoir le meilleur rendement".

Avel Vor prévoit d'équiper avec son système des bateaux déjà existants. De premiers essais sont prévus pour l'été 2008 dans la baie de Saint-Brieuc sur Le Grand Largue, un ancien chalutier de 16 mètres actuellement remis en état et qui va devenir le bateau-laboratoire de l'entreprise. Pour l'instant toutefois, ce projet n'a guère trouvé d'écho chez les pêcheurs bretons. Deux patrons-pêcheurs s'étaient montrés intéressés par un test, mais ils ont depuis fait faillite.

Déjà 300 "Vulcano" vendus

Le marché des économiseurs de carburant est lui beaucoup plus mûr. Ils s'appellent "Vulcano", "EcoBoost", "RHP System" ou "Vix" et ont déjà le vent en poupe. Pétrole cher oblige, leur marché fait florès mais les experts restent perplexes et mettent pêcheurs et automobilistes en garde contre des offres parfois séduisantes mais techniquement douteuses.

"Dans le contexte actuel, la demande en économiseurs explose. Pour les transporteurs ou les marins, ce n'est plus une question de coûts mais de survie", analyse Benjamin Coulombez, responsable de la société Eco2 Sphere. Cette PME de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) commercialise le "Vulcano", un économiseur à usage professionnel dont elle assure qu'il permet de gagner jusqu'à 25% de carburant. Le rendement du moteur est porté à "près de 50% contre 25% pour les moteurs thermiques standard", affirme Hervé Philippo, de la Chambre d'agriculture du Nord-Pas-de-Calais, auteur d'une étude sur le "Vulcano". D'un coût à l'achat de 3.000 à 17.000 euros, le système a été écoulé en un an et demi à plus de 300 exemplaires en France, en Europe et en Afrique. Ils permettrait en plus de réduire la pollution.

Une arnaque ?

Une entreprise concurrente à Roubaix (Nord), Eco Energies, propose pour 50 euros l'EcoBoost (distinct de la technologie éponyme du constructeur Ford) qui permettrait une "combustion plus complète du carburant" et une économie de consommation de 5 à 10%". Son inventeur, Jérôme Guiguet, espère en vendre plus de 10.000 pièces en 2008.

Un nombre croissant de franchises françaises proposent des économiseurs. Mais les experts sont réservés. Pour Dany Kowalczyk, de l'Automobile club du Nord, la plupart des économiseurs relèvent de "l'arnaque". "Les moteurs vont continuer de s'améliorer, mais ça ne peut venir que des constructeurs, qui dépensent des sommes considérables en recherche et développement", estime-t-il.

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