dimanche 27 janvier 2008

TROPHÉ JULES VERNES



GROUPAMA 3 DANS LES TEMPS DU RECORD


Après plus de deux jours de mer, Franck Cammas et ses neuf équipiers sont toujours dans les temps du détenteur du Trophée Jules Verne, mais depuis la latitude de Lisbonne, Groupama 3 doit composer avec des zones de calmes qui ne facilitent pas sa progression...

Le champ de vent canarien n'est pas des plus simples à appréhender en ce troisième jour de mer ! Toute la nuit dernière, l'équipage a dû rester très attentif aux moindres variations de la brise qui s'est orientée au secteur Sud-Est mais surtout qui n'a pas arrêté de fluctuer entre dix et quatorze nœuds ! Du travail sur le pont pour les trois quarts de trois hommes qui se relayent toutes les trois heures. Mais du travail aussi à la table à cartes pour définir la meilleure trajectoire dans cette zone alternant petites bouffées de brise, essoufflement du zéphire, rotation progressive vers l'Est… Ainsi dès la latitude du cap Saint Vincent (Sud du Portugal), Franck Cammas et son équipage ont décidé de se décaler de la route directe pour passer sous les îles de Madère et pour déborder samedi soir, l'archipel des Canaries par l'Ouest. Un léger allongement de la route qui s'impose par cette situation météorologique un peu inhabituelle.__

Problème de hook_La nuit dernière a donc été peu favorable à des vitesses élevées, surtout que Groupama 3 a subi un petit problème technique qui l'a obligé à s'arrêter par deux fois. « Nous sommes ce midi vent de travers et la brise qui restait faible ce matin, commence à rentrer : nous sommes passés de 20 à 30 nœuds ! Mais cette nuit, nous avons eu un petit souci de hook (système de blocage d'une voile en haut du mât) de gennaker car une pièce est tordue mais Loïc Le Mignon a provisoirement résolu ce problème. Il a tout de même fallu s'arrêter deux fois pour qu'il intervienne en haut du mât ! », indiquait Yves Parlier, le navigateur du bord. __Au large des Selvagem samedi midi, îlots et roches isolés ente Madère et les Canaries, Groupama 3 pique vers le Sud-Ouest pour augmenter son angle d'attaque par rapport au vent. Et ce afin d'optimiser sa vitesse qui oscille désormais entre 25 et 30 nœuds dans cette brise de Sud-Est d'une quinzaine de nœuds forcissant progressivement. Cette situation ne devrait durer qu'une dizaine d'heures et en soirée, Franck Cammas et ses neuf équipiers pourront « redresser la barre », direction plein Sud à la recherche d'un petit front nuageux et surtout venté. La journée de dimanche devrait donc être assez rapide dans un flux d'Est de plus de vingt nœuds, une veine de vent très localisée qui permettrait de rallier l'archipel du Cap Vert assez vite… __

Coup de sifflet à Gomera_Mais pour l'instant ce samedi, c'est Gomera qui est en ligne de mire, cette île tout à l'Ouest des Canaries où les habitants sifflent pour communiquer entre montagnes et vallées ! Ce relief volcanique tout rond culmine tout de même à 1 487 mètres (Montana Garajonay) ce qui perturbe très sensiblement le vent d'Est et Groupama 3 devra passer à plus de 30 milles au large pour ne pas subir ces tourbillons. Cet « effet sifflet » est en effet dû au cisaillement de la brise qui s'élève au dessus du relief pour redescendre comme une onde vibratoire avant de retrouver ses caractéristiques originelles. Un peu comme un caillou posé dans un ruisseau créant des perturbations jusqu'à dix fois sa surface derrière lui…__En tous cas, le trimaran géant est tout à fait dans les temps du record d'Orange II puisqu'il possédait plus de 90 milles d'avance samedi midi, bien qu'il soit très en dessous de son potentiel optimum en raison de ces vents faibles qui règnent depuis près d'une journée. Le delta devrait logiquement augmenter sensiblement dès la fin du week-end, car Bruno Peyron et son équipage n'avaient pas été très rapides à ce stade du parcours, en raison de vents portants modérés qui les obligeaient à enchaîner les empannages. Avec déjà plus de mille milles parcourus en 48 heures, Groupama 3 est toujours dans un rythme suffisant pour espérer atteindre l'équateur en moins de sept jours.

« Ca s'en va et ça revient ... »

Les conditions météorologiques qui règnent au Sud des Canaries n'ont pas favorisé une progression régulière de Groupama 3, qui oscillait entre sept et trente noeuds selon les grains et les sautes de vent. Mais en milieu d'après-midi ce dimanche, Franck Cammas et ses hommes conservaient tout de même un avantage de plus de 200 milles sur le temps de référence.

« Ca s'en va et ça revient... », la chanson de Claude François caractérise bien cette fin de week-end au large des Canaries ! Un coup de l'air, un coup des calmes, le tout dans une atmosphère chargée de nuages qui fait dire à Franck Cammas : « Ce n'est pas très simple sur l'eau : on dirait que nous sommes dans un Pot au Noir depuis hier ! Des grains nous ont fait avancer vite la nuit dernière mais ils étaient très instables avec des sautes de vent passant de trente à trois noeuds et 60° de bascule... Vivement que nous touchions des alizés plus établis. Ici, le ciel est très nuageux car nous sommes dans l'axe d'une dorsale proche d'une dépression. On essaye de slalomer entre les grains. »

Cette zone orageuse est la conséquence de la perturbation qui avait déjà provoqué ces plaques de calmes avant l'archipel canarien. Groupama 3 n'en subira plus les effets qu'une fois à la latitude du Cap Blanc (Nouadhibou, frontière Maroc-Mauritanie), normalement avant le coucher du soleil ce dimanche. Ensuite, les alizés de secteur Est à Nord-Est vont heureusement s'installer plus durablement même s'ils ne seront pas très puissants, entre 15 et 20 noeuds. L'avantage de cette orientation du vent sera toutefois important car Franck Cammas et ses neuf équipiers vont pouvoir faire cap vers le Sud-Ouest afin de déborder le Cap Vert à l'Ouest.


Encore des reliefs perturbateurs
Car, comme les Canaries, l'archipel est très étendu en longitude (180 milles) et en latitude (150 milles), avec des montagnes qui atteignent près de 2 000 mètres à Santo Antao (île la plus au Nord-Ouest de l'archipel) ! Là encore, les dévents et les perturbations de la brise s'étendent sur plusieurs dizaines de milles sous le vent et Groupama 3 devra s'écarter au-delà du 26° Ouest pour ne pas trop en subir ces effets... La route du trimaran géant était d'ailleurs significative dimanche en milieu d'après-midi, indiquant que le navigateur et le skipper optaient pour un grand « arrondissement » de ces îles volcaniques.

Cette première moitié de journée de dimanche a été caractérisée par une progression en yoyo assez éprouvante, pour les nerfs comme pour les corps. Il a fallu beaucoup manoeuvrer pour adapter la voilure à ces changements incessants de brise. Mais d'ici quelques heures, Franck Cammas et ses hommes devraient retrouver des vitesses plus élevées.Gageons que ce début de semaine sera plus véloce avec le retour des alizés et, alors que Groupama 3 possède toujours un « coussin » de 200 milles de marge sur Orange II, il est probable qu'il se transforme en « matelas » dès mardi matin...

A 1 300 milles de l'équateur, l'objectif de franchir la ligne de changement d'hémisphère en moins de six jours est toujours d'actualité !



Franck Cammas, skipper de Groupama 3 :
« D'un point de vue météo, c'est comme si on était dans un Pot au Noir. Vivement que l'on arrive plus au sud pour trouver des alizés plus établis. Du fait des manoeuvres incessantes, la nuit est éprouvante et mouvementée, difficile de dormir à l'intérieur. C'est un peu apocalyptique cette nuit noire sans lune à 35 noeuds... »

Point météo du dimanche 27 janvier :
« "Dimanche 27 janvier au matin l'équipage de Groupama 3 lutte avec les derniers résidus de grains de la dépression orageuse plus à l'Ouest. C'est avec ce système que le maxi trimaran a du composer sa route depuis samedi soir.

L'alternance de surventes et de zones déventées produit ainsi une progression par à-coups. Cette configuration est très éprouvante nerveusement et nécessite de fréquentes manoeuvres.

Heureusement, le flux d'alizé n'est plus très loin, Franck Cammas et son équipage pourront enfin bénéficier de vents plus réguliers dimanche après-midi.

Ce sont ces alizés de nord-est d'une vingtaine de noeuds qui porteront Groupama 3 vers la zone de convergence inter-tropicale dans les prochains jours. »

1000 Milles Brittany Ferries : en avant pour 2008





Hier matin à Saint-Malo avait lieu la conférence de presse relative aux 1000 Milles Brittany Ferries. Quelques skippers de la précédente édition s'étaient donnés rendez-vous sur le Pont-Aven pour la remise des prix, le tout sous l'œil avisé du maire de Saint-Malo, René Couanau. La compagnie maritime et la Société nautique de la Baie de Saint-Malo ont réaffirmé leur volonté de reconduire en 2008 cette course réservée aux Class 40. L'étape espagnole de la régate sera aussi l'occasion de célébrer les 30 ans de la ligne mythique Plymouth-Santander.
Ensemble pour la course
Toutes les entités à l'origine de la course se sont retrouvées ce matin sur le Pont-Aven. René Couanau, le maire de Saint-Malo était venu apporter tout son soutien aux 1000 Milles : « Les Malouins sont toujours très enthousiastes quand il s'agit de nautisme. C'est avec beaucoup de joie que nous accueillerons à nouveau les 1000 Milles Brittany Ferries dans notre port en 2008. » C'est Jean-Marc Roué, président du conseil de surveillance de Brittany Ferries, qui s'est félicité le premier de l'union de la compagnie maritime, de la SNBSM et de la Class 40 pour faire exister les 1000 milles : « Nous nous réjouissons de la synergie des différentes équipes pour faire vivre les 1000 Milles. » Et Martine Jourdren, présidente de Brittany Ferries, de poursuivre: « Brittany Ferries s'est investi sur tous les plans dans cette course. La compagnie s'est impliquée dans l'organisation et a investi financièrement dans les 1000 Milles. Aujourd'hui, pour la prochaine édition, nous souhaiterions que des entreprises se joignent à nous pour faire évoluer les 1000 Milles Brittany Ferries vers une course incontournable du circuit. » L'appel est lancé.


Edition 2008
Claude Renoult, président de la SNBSM, a tenu à lever le voile sur les détails de la prochaine édition : « La course partira au final le 23 août de Saint-Malo. La date a été décalée afin que les skippers puissent effectuer au mieux le parcours triangulaire, avec les 6 heures d'arrêt au stand imposés à chaque escale. »
Fraîchement débarqués d'Angleterre, Miranda Merron et Peter Harding, skippers de 40 Degrees (4ème au classement de 2007), se sont empressés quant à eux de préciser : « Nous avions beaucoup apprécié la course et son format en 2007 et c'est donc avec plaisir que nous participerons de nouveau aux 1000 milles en 2008. »
A noter que l'étape espagnole de la course sera marquée par l'anniversaire de la ligne Plymouth-Santander. « Les 30 ans de cette ligne représentent un événement très important pour nous. Nous sommes d'autant plus heureux de fêter ça au moment de la course. Le port de Santander accueillera une grande exposition avec une grande partie des œuvres d'Art de la compagnie. Un vernissage sera organisé à l'arrivée des bateaux », expliquait Martine Jourdren.


Remise des prix et tirage au sort

La remise des prix de la précédente édition a également été effectuée. C'est Martine Jourdren, marraine de la course, qui a remis les chèques Brittany Ferries aux navigateurs et à leurs représentants. Parmi eux, Jean Edouard Criquioche, arrivé à la troisième place du podium sur Choice Hotels, témoigne: « Au délà du fait que nous gardons un très bon souvenir de l'édition de 2007, je tenais à remercier Brittany Ferries car les 1000 Milles font partie intégrante de ces courses importantes dans nos recherches de sponsors. Cela a du poids ».
À l'issue de la remise des prix, la marraine a tiré au sort un nom parmi ceux des équipages représentés aujourd'hui. Et c'est Atao Audio System qui a eu le privilège de gagner un spi aux couleurs de la compagnie.

La liste d'inscription est désormais ouverte pour les skippers qui souhaiteraient participer à la prochaine édition qui partira le 23 août de Saint-Malo.

http://www.brittanyferries.fr/index.cfm?articleid=1000&CFID=1779933&CFTOKEN=64974973
et : 100milles@brittany-ferries.fr

vendredi 25 janvier 2008

G-CLASS



GROUPAMA 3 AVALE 600 MILLES EN 24 HEURES

C'est bien parti pour Groupama 3. Avec plus de 600 milles en 24 heures pour son premier jour de mer, le maxi-trimaran est parfaitement dans les temps du détenteur du Trophée Jules Verne, bien que le vent ait sensiblement faibli au large du Portugal. Après une zone de molle vendredi avant midi, Franck Cammas et ses neuf équipiers sont repartis à plus de vingt nœuds vers les Canaries.


Première journée idéale pour cette tentative de record autour du monde mais le deuxième jour débutait moins bien avec un ralentissement passager au large de Lisbonne, et plusieurs zones de vents faibles à négocier avant l'archipel des Canaries. Bien parti de Ouessant jeudi à 8h 50' 17'' (heure française) Groupama 3 a dû réaliser une « aile de mouette », une trajectoire en deux temps pour atteindre la latitude du cap Finisterre, lors de sa première nuit de navigation. Un petit détour dû à la rotation du vent de secteur Nord-Ouest de vingt nœuds le matin, au secteur Est en soirée… Puis la brise forcissait à l'approche des côtes ibériques pour dépasser les trente nœuds avant de mollir lentement en milieu de nuit. L'avance sur le temps de référence d'Orange II montait alors à plus de trente milles mais fondait au fil de la descente plein Sud, lorsque Groupama 3 se voyait contraint de flirter avec une bulle sans trop de vent au large de Peniche.
Moins de dix nœuds de vent réel, heureusement orienté à l'Est-Sud Est, ce qui permettait au trimaran géant de maintenir un bon rythme jusqu'à la latitude du détroit de Gibraltar. Mais la situation devrait se corser entre Madère et les Canaries, car une « nasse » de brises instables et volages guette en raison de la dégénérescence d'une perturbation orageuse à l'Ouest des deux archipels… La difficulté du navigateur Yves Parlier, travaillant en collaboration avec l'expert météo à terre Sylvain Mondon, est de trouver le bon passage pour zigzaguer entre ces zones de calmes, avant de retrouver des alizés de Nord-Est. Un flux pour l'instant poussif, le long des côtes africaines. Mais en navigation comme aux échecs, il faut jouer à cinq coups d'avance et c'est vers un front argentin que leurs regards se portent, afin d'attraper ce bon « wagon » qui leur permettrait de piquer rapidement vers Bonne Espérance dès la hauteur de Rio de Janeiro…

Dans le bon tempo

Cette première journée de mer a aussi été l'occasion de s'amariner et de reprendre ses repères sur le pont, son rythme à bord. « Nous sommes bien rentrés en matière ! La transition terre-mer s'est bien passée et il faut maintenant s'installer dans la durée. Même si elle était anticipée depuis longtemps, la rupture est franche et il faut entrer dans la peau d'un homme qui va passer du temps en mer, même si c'est le moins possible… On a eu du vent et de la mer pendant la nuit, ce qui nous a mis un peu dans l'ambiance du Grand Sud : une bonne façon de s'amariner. Tout se met en place ; les quarts, le rythme, les repas, le rangement de ses petites affaires… Nous avons encore un peu de mal à bien dormir mais ça vient doucement » expliquait Frédéric Le Peutrec, lors de la vacation quotidienne avec le PC. En une journée et demie, les dix hommes de Groupama 3 auront ainsi vécu presque toutes les conditions météorologiques qu'ils vont subir au cours de leur périple autour du monde : du petit temps au débridé au niveau du Portugal, du vent de travers musclé au large de la pointe espagnole, du portant dans du vent medium dans le golfe de Gascogne… Reste que l'objectif de l'équipage est de retrouver rapidement les alizés africains qui font défaut en ce début de week-end. Mais l'anecdote du jour est bien cette route quasiment identique avec trois ans d'écart, entre le maxi trimaran mené par Franck Cammas et le maxi catamaran de Bruno Peyron, au jour, à l'heure et au lieu près ! Depuis la latitude de Lisbonne, les deux bateaux suivent exactement la même trajectoire avec seulement quelques milles de différentiel…

L'analyse météo de Sylvain Mondon :

« Le départ a été assez rapide comme on s'y attendait, avec un passage du cap Finisterre musclé dans un renforcement du vent d'Est à Nord-Est de plus de trente nœuds. Cette configuration anticyclonique est derrière Groupama 3 et l'équipage a commencé ce vendredi après-midi à aborder le résidu du système dépressionnaire orageux, qui se situe au large des Canaries. Il y a plusieurs zones de vents faibles, dont l'une a été longée ce matin. Les vitesses plus réduites de cette fin de matinée vont augmenter au cours de l'après-midi pour revenir autour de 25 nœuds… Par rapport aux prévisions du départ, il n'y a eu que de petites différences sur l'eau au niveau de l'angle du vent d'une dizaine de degré mais pas au niveau de la force. Le problème se pose devant avec des alizés qui ont du mal à s'établir…Il faudra attendre d'avoir franchi les Canaries pour rejoindre un flux d'alizés moins parasité par le résidu de perturbation stationnaire sur la région depuis plusieurs jours.»

Ils ont dit :

Franck Cammas, skipper de Groupama 3 : « Nous sommes ce midi en train de contourner une zone de petit temps et nous sommes donc assez près du vent (75°) avec seulement 10-11 nœuds de vent. Mais cela nous permet d'avancer quand même à 20 nœuds…plus vite que le routage. Nous avons encore une vingtaine de milles à couvrir pour sortir de cette molle mais il y en a d'autres qui rodent dans le coin ! Il faut faire attention. Nous avons tout déménagé dans le bateau pour mettre les poids plutôt sur l'avant : gasoil, voiles, matériel de sécurité, nourriture… Heureusement que Groupama 3 est un multicoque qui va vite dans ces conditions-là ! Nous avons rendez-vous avec des phénomènes météo dans l'hémisphère Sud et il ne faut pas traîner en route… »

Frédéric Le Peutrec, deuxième barreur : « On commence à être loin ! Il faut s'amariner, tout le monde le vit, même en croisière. Il faut ranger ses petites affaires, prendre les petites habitudes. Bref faire du bateau « chez soi » pendant quelques temps…»

Repères Trophée Jules Verne :

Départ de Ouessant le jeudi 24 janvier 2008 à 8h50'17'' heure française
Date limite pour battre le record : samedi 15 mars 2008 à 1h09'21'' heure française
Temps à battre : 50 jours 16 heures 20 minutes et 4 secondes. Record détenu par Bruno Peyron, à bord du maxi catamaran Orange II, depuis mars 2005.
Temps à battre de Ouessant à l'équateur : 6 jours 11 heures 26 minutes (Geronimo en 2003)


GITANA 13 : DIX JOURS ET 5000 MILLES SUR LE MÊME BORD!

Lionel Lemonchois et ses neuf hommes d´équipage naviguent le long des côtes brésiliennes. Par 14° de latitude Sud, l´ambiance est tropicale à bord de Gitana 13. Shorts et tee-shirts sont de rigueur pour supporter la chaleur étouffante qui règne dans les coques du maxi-catamaran. Néanmoins, sur le pont, les cirés sont enfilés dès que le speedomètre dépasse les 20 nœuds. Le passage du Cap Horn est envisagé vers le 2 février.


Depuis son départ de New York, le 16 janvier dernier, l’équipage de Gitana 13 n’a réalisé aucun changement d’amure, naviguant ainsi sur le même bord depuis plus de 5000 milles. Témoin du bon enchaînement météo dont ont bénéficié les dix marins du Gitana Team, Dominic Vitte : « Nous n’avons pas fait un empannage, pas un virement de bord depuis que nous avons franchi la ligne de départ, au pied du Phare d’Ambrose. C’est incroyable, nous sommes bâbord amure (ce qui signifie que le vent vient gonfler les voiles de Gitana 13 par la gauche, ndlr) depuis le 16 janvier. Notre première manœuvre de changement d’amure est prévue pour demain, samedi, dans l’après-midi ».

Côté vie à bord, Lionel Lemonchois et ses équipiers ont pleinement profité de la journée de jeudi, moins dense que les précédentes en terme de changements et de réglages de voiles, pour recharger les batteries. « Ces dernières heures, nous avons parfaitement respecté nos systèmes de quarts (le premier quart sur le pont, le deuxième en stand by et le troisième au repos complet, ndlr), afin que tout le monde puisse se reposer au maximum. Dans sa très juste gestion des hommes, Lionel avait choisi de m’intégrer à certains quarts à l’approche et durant le passage du Pot-au-Noir. Mais, le retour de conditions plus stables me permet de repasser hors quart et de me concentrer sur la météo. Du moins pour l’instant …» annonçait le navigateur embarqué, déjà tourné vers la prochaine difficulté météorologique de ce parcours entre New York et San Francisco.

En effet, selon les dernières prévisions de Sylvain Mondon, une dépression orageuse se profile devant les étraves de Gitana 13, par le travers de Rio de Janeiro, au cours de la journée de samedi. Ce phénomène, va contraindre le maxi-catamaran armé par le Baron Benjamin de Rothschild à s’écarter des côtes brésiliennes ; le but étant de contourner cette zone par l’Est avant de reprendre la route vers le Grand Sud et le Cap Horn, que l’équipage espère doubler autour du 2 février.

BRUNO PEYRON SURVEILLE CAMMAS ET PRÉPARE LA RIPOSTE !





Bruno Peyron sera sans doute un des spectateurs les plus attentifs à la tentative de record du tour du monde en équipage dans laquelle Franck Cammas et l'équipage de Groupama 3 viennent de s'élancer. Après l'Atlantique et les 24h repris à Bruno Peyron, Cammas réussira-t-il à descendre en dessous de la barre des 50 jours, le prestigieux chrono réalisé par Orange II ? Quelques premiers éléments de réponses par le triple détenteur du Trophée Jules Verne, qui dans sa tête, prépare déjà la riposte !
" je suis heureux que ce soit la meilleure équipe qui s'y attaque et j'ai hâte de suivre leur assaut. __ Je pense sincèrement que oui. Et aussi paradoxal que celà puisse paraître, je souhaite leur victoire, afin de rendre encore plus évident notre retour !__: On a vu que les potentiels étaient assez proches dans des conditions de record sprint (Atlantique et record des 24h). Nos deux bateaux ont un potentiel d'environ 3 jours et 20 heures sur la traversée de l'Atlantique et de 800 milles parcourus sur le record des 24 heures. Nous allons voir maintenant ce qui peut se passer sur un plus long parcours. Je pense que Groupama peut faire la différence notamment dans sa descente jusqu'à l'équateur où nous avions choisi de sacrifier une trentaine d'heure pour tenter d'accrocher un front nous permettant de passer dans l'Atlantique sud. Ce sera plus difficile entre l'équateur et le Cap de Bonne Espérance où nous avons été assez vite sur la route directe.__-
Groupama peut gager beaucoup s'il a un meilleur angle. Nous avions du rallonger notre route de manière conséquente. Ils peuvent gagner pratiquement une journée avec les conditions qu'a eu Francis (Joyon) par exemple. Le Pacifique, c'est possible en vitesse pure mais ils ont moins a gagner car nous avons fait une route assez directe et très rapide.__
Entre le Cap Horn et l'équateur, tout dépendra de la transition avec l'anticyclone de St Hélene où nous avions perdu une trentaine d'heures. De l'équateur à l'arrivée, c'est évidemment le partiel, avec le premier où il y a le plus à gagner. Avec des conditions météo normales et non exceptionnelles sur ce partiel, nous aurions du gagner 3 jours pour terminer en 46 / 47 jours.__ A part une vraie attaque dans la descente de l'Atlantique sud, nous avions fait le choix de naviguer de manière assez conservatrice en en gardant sous le pied. Je ne sais pas quel gain supplémentaire peut exister en attaquant tout le temps au maximum, et à partir de quand ça casse... C'est l'éternelle question ! En conclusion, je pense que le potentiel de ces 2 bateaux, les plus rapides du monde, est à peu près de 43 à 45 jours, avec de bons enchaînements météo. Je pense que si nous étions en course, nous ne serions pas forcement sur les mêmes routes. Groupama doit être plus rapide jusqu'a 20 / 25 noeuds de vent, nous devons faire jeu égal entre 25 et 30 noeuds, et je pense que nous devrions avoir un petit plus au dessus de 30 noeuds. Cela veut donc bien dire que nos stratégies météo seraient adaptées à nos ranges de vent respectifs._ Je pense que l'on peut faire moins de 6 jours sur le premier partiel. Nous étions partis en acceptant de mauvaises conditions sur ce premier partiel, pariant sur l'accroche d'un front nous permettant de couper l'anticyclone de St Hélène, ce qui a bien fonctionné, mais l'addition était lourde au départ. Il reste évident que si l'enchainement est bon depuis le départ, c'est 2 jours à prendre et je ne doute pas que le Team Groupama mettra toutes les chances de son coté.__-


actualité 2008 de Bruno Peyron _Trouver des partenaires sérieux et motivés pour préparer la riposte !! ... et relancer The Race avec tout le monde pour 2010 / 2011. L'heure d'un grand combat entre géants approche et nous saurons être au
- rendez vous. Les G Class sont nés en 2000, mais leur histoire ne fait que commencer

-
«Le progrès avance en permanence grâce à l’expérience des autres.»_[ Bruno Peyron ] _
«On peut toujours améliorer un record. On peut toujours faire mieux.»_[ Bruno Peyron ] _

Brest Ultime Challenge: Ville de Brest et Pen Duick propose une nouvelle course en multicoques



Brest Ultime Challenge: Ville de Brest et Pen Duick propose une nouvelle course en multicoques

François Cuillandre, maire de Brest, a annoncé dimanche, à l'occasion de l'arrivée de Francis Joyon, la création d'une nouvelle course océanique : Le « Brest - Ultime Challenge » dont le départ sera donné en décembre 2011. Tour du monde en solitaire en multicoques sans limites de taille, il s'agit tout simplement du dernier challenge imaginable en matière de course océanique. Cette course, conçue par la Société Pen Duick, leader dans l'organisation de courses au large, permettra de rassembler les grands multicoques dans un défi unique au départ de la cité du Ponant.
L'ultime challenge_Les multicoques océaniques sont les voiliers les plus rapides du monde. Ils sont les bateaux qui recueillent le plus grand intérêt du public et des médias, quels que soient la course ou le pays d'accueil. Ils offrent aux skippers la part la plus excitante de l'aventure océanique, combinant le risque et les sensations les plus fortes à la diversité des parcours sur tous les océans du Monde. _

_Il restait à inventer l'Ultime Challenge : une course autour du monde par les trois caps (Bonne Espérance, Lewin et Horn) en solitaire et en multicoques.__Brest, une ville pionnière_La ville de Brest est le lieu historique des grands rendez-vous maritimes et notamment des tours du Monde et des records en solitaire comme vient de l'illustrer brillamment Francis Joyon, mais aussi avant lui Olivier de Kersauson, Philippe Monnet, Ellen MacArthur ou Jean Luc Van den Heede… Pour le Brest-Ultime Challenge, les concurrents emprunteront donc cette ligne mythique située entre le phare du Petit Minou et la balise des Fillettes, à l'entrée du goulet de la rade de Brest, superbe stade nautique permettant au public de suivre au plus près le départ et l'arrivée de ces géants des mers._Le tout nouveau Port du Château sera, pour les bateaux, comme un écrin magique en plein cœur de la ville. Sa digue offrira au plus grand nombre une majestueuse tribune sur un spectacle qui s'annonce d'ores et déjà exceptionnel.__Ils ont dit : __François Cuillandre, maire de Brest_« J'étais persuadé que Brest, en tant que lieu historique des grands rendez-vous maritimes, constituait le site idéal pour accueillir le départ ou l'arrivée d'une course. La société Pen Duick est venu me voir avec ce formidable projet que constitue un tour du monde en solitaire et en multicoques en course. Je suis persuadé que la rade de Brest, le Port du Château vont constituer un théâtre magique pour accueillir ces champions. Et, quant on voit la mobilisation des brestois à l'arrivée de Francis Joyon, dimanche, je n'ai aucun doute sur l'engouement que suscitera cet événement dans notre ville. »__Pierre Bojic, Directeur Général de Pen Duick_« Pen Duick, suit depuis de nombreuses années l'évolution de la course océanique et alors que nous sommes en pleine mutation de la catégorie des multicoques, il nous semble qu'il était nécessaire de proposer une course emblématique qui puisse porter cette catégorie autour d'un programme fort pour les prochaines années. De son côté, la Ville de Brest dont la tradition maritime est connue était en attente d'une grande course océanique. Fin 2006, nous avons proposé à la Ville de Brest que le Tour du Monde en solitaire en multicoque en course soit cette grande aventure de la prochaine décennie. Le Brest-Ultime Challenge devrait apporter un nouveau souffle à la course océanique et aux grands multicoques. »

Il suffisait d'y penser ! Un tour du monde en solitaire sur des multicoques géants (sans limite de taille) au départ du « bout du monde » : voilà la nouvelle course lancée hier par la société Pen Duick et la ville de Brest. Le projet est grandiose. Le top départ sera donné le 30 décembre 2011 à l'entrée du goulet.

D'un côté, la société Pen Duick, dont le savoir-faire en matière d'organisation d'événements nautiques n'est plus à démontrer (Route du Rhum, Transat Jacques Vabre, Transat Ag2r, Trophée BPE...). De l'autre, Brest, ville au passé maritime très chargé. En effet, la cité du Ponant est le lieu historique des grands rendez-vous maritimes comme les départs et arrivées des tours du monde. En solitaire comme en équipage. À l'endroit comme à l'envers.

Renouer avec son passé

Hélas, depuis quelques années, Brest, pourtant leader dans la décennie 80-90, avait pris quelques ris dans la grand-voile. Il était temps qu'elle renoue avec sa grande tradition maritime. Le maire, François Cuillandre, était demandeur. Comme Pierre Bojic, directeur général de Pen Duick, qui avait cette idée en tête depuis un moment : « Aujourd'hui, on fait le constat que la catégorie des multicoques est en pleine mutation : elle se cherche. Pour ces bateaux-là, l'océan Atlantique est devenu un terrain de jeu trop étroit. Ils ne peuvent plus s'exprimer qu'autour du monde ».

« Créer un déclic »

Marins comme terriens rêvaient de voir un jour, des géants comme « Idec » et « Sodeb'O » ensemble sur la même ligne de départ. En décembre 2011, ce sera possible : « En lançant cette nouvelle course baptisée "Brest Ultime Challenge", on veut également créer un déclic chez les marins, leur envoyer un signal fort. On espère avoir un engouement autour de ce projet. Un peu comme le Vendée Globe qui est né parce qu'un marin, Philippe Jeantot, a dit un jour qu'il fallait tourner autour du monde sur des monocoques ». En 1989, c'était un défi un peu fou. On connaît la suite... En proposant cette course de géants en 2011, soit une année sans Route du Rhum, ni Vendée Globe, les organisateurs veulent laisser le temps aux skippers intéressés de monter des projets, puis de construire les bateaux.

« C'est un beau projet »

Pour l'heure, « Idec » (Joyon), « Sodeb'O » (Coville) et « Castorama » (trimaran d'Ellen MacArthur en 2005) sont les trois plate-formes les plus au point pour ce type de course. Si on y ajoute des unités plus anciennes comme « Warta Polpharma » (ex « Commodore Explorer ») et Doha (vainqueur de l'Oryx Quest) et quelques bateaux neufs, les organisateurs peuvent tabler sur huit multis engagés. Le départ est programmé pour le 30 décembre 2011. « Ça tombe un vendredi : ce n'est pas un bon jour pour les marins. Il faudra peut-être qu'on les fasse partir la veille, a expliqué François Cuillandre. C'est un beau projet pour les Brestois. De plus, le tout nouveau port du Château sera, pour les bateaux, comme un écrin magique en plein coeur de la ville ».

ROUTE DE L’OR




Partis de New York mercredi 16 janvier, à 17h29 (heure française), Lionel Lemonchois et l’équipage de Gitana 13 entament leur deuxième semaine de mer sur la Route de l’Or (New York – San Francisco par le Cap Horn). Et déjà, le maxi-catamaran de 33 mètres armé par le Baron Benjamin de Rothschild navigue dans l’hémisphère Sud.

Après huit jours de navigation et plus de 4 000 milles parcourus, Lionel Lemonchois dresse un premier bilan : « Ca n’a pas chômé à bord de Gitana 13 ces derniers jours ! Nous avons été beaucoup secoués sur cette première partie et tout le monde a répondu présent à la cadence imposée. Il y a eu du rythme et du travail en permanence sur le pont, mais quand je regarde notre temps de passage à l’équateur je me dis que cela valait le coup. Nous nous étions fixés 6 à 7 jours, c’est chose faite. Nous avons essayé de naviguer prudemment mais rapidement. Pour l’instant, cette méthode est payante car le bateau est nickel, à 100 % de son potentiel. »

Une gestion parfaite du matériel à laquelle s’ajoute la satisfaction d’une très belle trajectoire depuis leur départ de New York : « Nous avons parcouru seulement 50 milles de plus que l’orthodromie (la route directe, ndlr). Puis, le vent a été de notre côté et bien que nous ayons dû réaliser beaucoup de changements de voiles, nous naviguons sur le même bord depuis plus de 6 jours » notait le skipper.

Fidèle à sa réputation, la Zone de Convergence Inter-Tropicale a une fois de plus créé la surprise … Quelques heures avant le passage de Gitana 13, les prévisions météorologiques annonçaient un Pot-au-Noir particulièrement actif, avec au programme de violents grains orageux. Mais c’est avec son autre facette – celle des calmes plats – que Lionel Lemonchois et ses hommes ont du composer : « Cette traversée m’a fait penser à ce que nous avions connu à bord de Orange II, lors du Trophée Jules Verne 2005. Du tout petit temps, l’absence totale de grains et pas un nuage à l’horizon. Cela ressemblait plus à un beau ciel d’alizé ! » Un contexte dans lequel l’équipage du maxi-catamaran a franchi l’équateur ce mercredi à 8h24 (heure française), 6 jours 14 heures 52 minutes après avoir doublé le Phare d’Ambrose

A bord, cette arrivée dans l’hémisphère Sud a été l’occasion pour quatre des dix équipiers - Olivier Wroczynski, Léopold Lucet, Fred Le Maîstre et David Boileau, de célébrer leur premier passage d’équateur.

Depuis sa sortie du Pot-au-Noir l’équipage de Gitana 13 a retrouvé progressivement un flux plus soutenu en touchant les vents d’Est de l’Anticyclone de Sainte-Hélène. Le maxi catamaran armé navigue c par le travers de Recife, au nord-est du Brésil.
En franchissant l’équateur mercredi 23 janvier à 8h24, après 6 jours 14 heures et 52 minutes de mer, Lionel Lemonchois et ses neuf hommes d’équipage signent d’ores et déjà une très belle performance sur la route qui mène Gitana 13 de New York à San Francisco.

Si pour quatre des dix marins du bord, cette arrivée dans l’Atlantique Sud constituait une première, il s’agissait là du 13ème passage d’équateur pour Lionel Lemonchois. d.

Les prévisions pour les prochains milles
Les vitesses moyennes, qui avaient chuté aux alentours des 10-15 nœuds depuis plus de 24 heures, sont repassées la nuit dernière au-dessus de 20 nœuds. Un rythme qui devrait encore s’accélérer dans la journée, puis se maintenir près de 48 heures. « La suite semble plutôt bien se présenter pour nous et la descente vers le cap Horn s’annonce rapide malgré un passage délicat à négocier d’ici deux jours. Nous naviguerons tout d’abord au vent de travers, avant de toucher du portant en face de Rio de Janeiro puis de retrouver du reaching pour finir sur le Horn » précisait le navigateur embarqué, Dominic Vittet.

_Les vitesses moyennes se situent à nouveau entre 20 et 25 nds dans les alizés de sud-est à 15/19nds. Ces alizés vont devenir de plus en plus instables samedi 26 à l'approche de la dépression orageuse en formation sur le 20ème Sud (cf illustration). Ce système constitue une véritable difficulté puisque le vent dans cette zone est proche de ce qui peut être observé dans le pot au noir."

jeudi 24 janvier 2008

RETOUR SUR EXPLOIT



Les dernières heures du record
« L'arrivée dans la nuit était un peu délicate. J'avais abordé le plateau continental avec une grosse densité de bateaux de pêche et j'ai été obligé de me dérouter deux fois pour éviter des bateaux : d'abord un bateau de pêche puis un cargo qui est passé seulement une dizaine de mètres derrière mon bateau. C'étaient encore des moments impressionnants. C'est relativement rare de devoir se dérouter comme cela, surtout deux fois en si peu de temps. »

L'accueil et la ferveur populaire à Brest
« J'ai l'impression d'être arrivé sur la lune ! Arriver à Brest avec toute cette foule de gens, c'est une chose que je n'avais jamais connu auparavant. La ferveur et la chaleur des Brestois m'ont impressionné… »

Un résumé du parcours ?
« C'est un peu difficile ! J'ai eu la chance de bénéficier d'un bateau qui permet de naviguer vite, longtemps et sur de grands trajets. Il faut imaginer un véliplanchiste qui ferait une glissade ininterrompue à travers les océans. L'indien a été très rapide. Dans le Pacifique j'ai du batailler un peu plus avec des phénomènes météo très complexes qui m'ont obligé à descendre très sud, avec une journée spéciale où j'ai vu 5 icebergs dans la même journée, ça commençait à être un peu inquiétant. J'avais du mal à voir les différences entre les crêtes de vagues et les glaces. Je suis passé assez rapidement au cap Hon et après, dans la remontée de l'Atlantique, j'ai découvert ce que c'était de s'arrêter. Puis, j'ai eu beaucoup de vent debout, auquel les trimarans ne sont pas vraiment adaptés. Ensuite, malgré les soucis techniques, le bateau a réussi à rentrer. Ca n'a pas été facile tous les jours… mais je suis très content d'être là, avec vous, aujourd'hui. »

Le secret de Joyon ?
« Je ne sais pas si j'en ai un et quand on est fatigué, on peut vite devenir mystique, il faut faire attention ! (rires)… Peut-être que j'ai su respecter les éléments, avec un bateau qui ne polluait en rien, alimenté par des dispositifs écologiques. Peut-être que j'ai eu le respect de la mer et que c'est pour ça qu'elle m'a laissé passer. »

Le plus difficile ?
« Le plus dur c'était les ascensions du mât pour tenter de réparer cette avarie sur la fixation du hauban, en particulier la première montée sur une mer croisée. J'étais très secoué, je n'arrêtais pas de me cogner au mât, c'était vraiment dangereux… »

Le routage de Jean-Yves Bernot ?
« Jean-Yves a fait beaucoup de navigation en équipage. Parfois il dit : dans 24 heures tu es sensé être plus de 600 milles plus loin.. Il met la barre un peu haut ! Lui, il réagit toujours sur 100% du potentiel. Il m'exprimait la capacité du bateau à être à tel ou tel endroit à une échéance, en fonction des champs de vent. Et ça m'incitait à y aller… »

Ellen MacArthur et Thomas Coville
« Merci à eux aussi. Sans Ellen, le bateau n'aurait pas existé, car si elle n'avait pas repris ce record il y a trois ans, il n'y aurait pas eu de raisons d'y retourner. Grâce à Thomas, on a été appelés à faire un bateau le plus performant possible. Il a élevé l'exigence. »

Le bateau justement ?
« C'est tout juste si je ne me suis pas fait tirer les oreilles par mes architectes qui m'ont dit que j'étais allé trop vite, que je n'avais pas respecté le programme du bateau (rires)! Plus sérieusement, Nigel Irens et Benoît Cabaret ont fait un travail extraordinaire. Le bateau a une capacité incroyable à passer dans les vagues de manière harmonieuse. Je n'avais jamais connu ça auparavant et c'est aussi ce qui permet d'aller vite. Mais c'est toute une équipe… »

L'équipe
« Les architectes, les constructeurs du bateau, des mâts, des voiles (qui rentrent sans aucune déchirure ni usure…) tous se sont donnés à fond. Je pense encore à Marsaudon Composites, à Christophe Houdet, tout le monde… Une équipe extraordinaire. Il y a eu beaucoup de passion, beaucoup de plaisir. C'est ce qui fait qu'IDEC est réussi. Et que c'est un super bateau. »

La confiance
«Je pensais que la probabilité de battre le record était d'une chance sur trois ou quatre. Le simple fait de réussir à boucler un tour du monde en multicoque sans avarie et sans s'arrêter n'est même jamais gagné d'avance, avant de parler de record …. »

La météo
« Jusque dans l'Indien oui, c'était glisse et vents favorables, même s'il y a toujours les difficultés inhérentes à ce genre de parcours. Le Pacifique a été normalement difficile et l'Atlantique a été beaucoup plus difficile que la moyenne. Un moment, il faut sans doute payer quelque part les facilités que la nature nous a offert auparavant. C'est la remontée de l'Atlantique la plus laborieuse que j'ai jamais faite »

Pensé à l'abandon ?
« A l'Equateur, après l'avarie sur le hauban, j'ai imaginé un moment aller dans l'archipel de Fernando de Noronha pour aller travailler dans le mât, mais c'était quand même à 400 milles… Au pire je serai reparti en course après un arrêt technique, mais je n'ai jamais imaginé abandonner. »

Le bilan du bateau propre, sans énergie fossile ?
« J'avais des appareils qui dépensaient le moins possible. Un bateau, c'est comme une île et comme la planète : il faut protéger l'environnement mais aussi d'abord moins consommer les énergies non-renouvelables. Ca a très bien fonctionné, avec mes batteries toujours chargées à fond. Le bilan est extrêmement positif : 20 kg d'éolienne, 20 kg de panneaux solaires et 15 litres de méthanol pour la pile à combustible, c'est beaucoup plus léger qu'un moteur et tous ses litres de carburant. Et c'est une satisfaction de faire ça dans un bon esprit, en essayant d'avoir l'impact le plus réduit possible sur la planète. »

Le futur
« J'essaierai probablement Cadix-San Salvador, des records dans le Pacifique et probablement tenter de reprendre celui des 24 heures à Sodeb'O.

Le bateau va vous manquer ce soir ?
« Je ne vais pas en être loin très longtemps. J'ai monté la plupart des pièces moi-même, c'est une présence au quotidien… Je vais m'occuper de lui dès qu'il sera rentré à la Trinité. »


ILS ONT DIT :

Patrice Lafargue, PDG d'IDEC
Faire un tour du monde en solo sur un multi, c'est au-delà du sport. C'est une aventure. Avec Francis, nous avons une vraie histoire d'amitié basée sur des valeurs partagées. J'ai la chance d'avoir rencontré un Monsieur, quelqu'un qui me passionne, simple et réservé… ça fait du bien de rencontrer des gens comme lui, atypiques. Il nous a fait un tour du monde fabuleux, il n'y a pas de mots pour décrire ça. Quand il est parti, j'ai eu de l'appréhension.. quand quelqu'un part comme ça, vous voulez qu'il revienne. Le record est fabuleux, extraordinaire… mais je suis surtout content de revoir Francis. L'avenir ? On pourra faire de belles choses encore ensemble, mais c'est trop tôt pour en parler et on est des enfants gâtés, il nous a battu tellement de records…


Jean Todt, parrain de l'ICM et du trimaran IDEC
« J'ai toujours nourri une grande admiration pour ce risque que prennent les marins, surtout en solitaire. J'avais été ébloui par la performance d'Ellen MacArthur, je suis super ébloui par celle de Francis. J'ai eu la chance de l'avoir à deux reprises au téléphone, par hasard dans des moments difficiles et il était étonnant de calme. Je l'ai suivi avec beaucoup d'émotion, admiratif du courage qu'il faut, d'autant que moi je n'oserais même pas traverser le lac du bois de Boulogne à la voile… Plus sérieusement, pour réussir le projet de l'ICM, on a besoin de grandes personnalités comme Francis»

Professeur Gérard Saillant, fondateur de l'ICM et parrain du trimaran
« J'ai vécu ce tour du monde comme chacun, en regardant Internet tous les matins, en m'inquiétant de savoir s'il n'avait pas de souci à bord… et la dernière semaine a été plus difficile que les autres. A l'arrivée, Francis avait les yeux peut-être un peu fermés et un peu petits, mais je l'ai trouvé en forme. C'est un homme extraordinaire de résistance physique. La machine est fantastique, mais c'est bien l'homme qu'il faut mettre en avant. Je le remercie de nous soutenir dans notre cause qui est de tenter d'apporter des réponses aux maladies du cerveau et de la moelle épinière, qui toucheront une personne sur huit d'entre nous.»


LE PDG DE « IDEC ». « JOYON, MON ANTI-STRESS »
Dans le monde de la voile professionnelle, le parrainage est devenu indispensable. Sans partenaire, le marin ne navigue pas. L’histoire entre Patrice Lafargue, P-dg de « Idec », et Francis Joyon va bien au-delà du sponsoring : « Francis est d’abord mon ami ».

À 46 ans, Patrice Lafargue est à la tête d’une société de 250 personnes installée à Blois (1). Chiffre d’affaires en 2007 : 180 millions d’euros et une croissance à deux chiffres. L’homme, pas marin pour un sou -il est né au milieu de la France, à Nevers dans la Nièvre-, est venu à la mer au hasard d’une rencontre avec le skipper de Locmariaquer.
« Avec lui je me suis mis à rêver »
C’était en 2003. « Soit un an après la Route du Rhum 2002 où il avait perdu son trimaran : Francis est venu nous expliquer qu’il voulait tenter de battre le record autour du monde sur multicoque. Il était sûr de le battre mais personne ne voulait le suivre dans l’aventure. » Le patron de « Idec » a dit banco. « Il m’a émerveillé : il nous racontait calmement son chavirage : c’était incroyable. Il m’est apparu simple, rassurant. Tel un enfant devant une BD, je me suis mis à rêver : j’étais dans un conte. » On connaît la suite : avec un vieux multicoque, Joyon s’en va scalper le vieux record de Kersauson. Après le monde, il s’offre, dans la foulée, le record de l’Atlantique. Hélas, une fois la ligne franchie, Joyon s’endort et perd son bateau sur les rochers. « J’étais triste et je ne voulais pas le laisser comme ça. On lui a offert un bateau neuf, "Idec 2" ». Budget global : 3 millions d’euros. Pas un centime de plus. « Francis ferait un bon directeur financier : il avait une enveloppe mais il n’a pas tout dépensé. Avec lui, faut pas gâcher. C’est un marin artisan, version PME. »
Pas d’obligation de résultats
Avec ce record exceptionnel en temps mais aussi en retombées médiatiques, Patrice Lafargue a touché le jackpot. Il modère le propos : « Idec n’est pas une marque grand public, donc en terme de sponsoring pur, cela n’a pas de réel intérêt. Cela dégage une belle image et nous donne un capital sympathie. » L’exploit de Joyon n’aurait donc pas de répercussion sur le carnet de commandes de la société ? « Aucune. » D’ailleurs, Joyon n’a aucune obligation de résultats : « Comme il le dit, cela lui donne juste des devoirs ».
Aucun contrat
Depuis qu’ils se sont rencontrés, les deux hommes ont toujours été sur la même longueur d’onde. Pas la moindre tempête à signaler. À tel point qu’aucun contrat ne les lie. « Nous sommes des amis. De vrais amis. Je suis dans la voile parce que Francis fait de la voile. Il aurait fait du vélo, j’aurais acheté un vélo. » L’homme d’affaires va plus loin. Il avoue que son marin fétiche lui permet de garder les pieds sur terre : « Francis me donne de la force : c’est comme une drogue, mon EPO, un décompresseur, un décontractant. J’ai besoin de ça pour m’évader ». Et demain, s’il n’obtient plus aucun résultat ? « Franchement, je m’en fous : il restera toujours mon ami. Il me donnera des cours de voile. » (1) Le groupe « Idec », ce sont onze sociétés, en France et en Europe, spécialisées à la réalisation de projets d’immobiliers d’ entreprises.



Anne Liardet, Alain Gautier, Jean-Luc Van den Heede, Jérémie Beyou, Philippe Monnet, Jacques Caraës : nombreux étaient les marins sur les quais du port de commerce. Parmi les 2.500 anonymes qui ont réservé un accueil triomphal à l’incroyable Francis Joyon, certains étaient venus de loin à l’image de ce couple de Croates. Après avoir suivi toute l’aventure sur internet, ils sont venus en voiture jusqu’à Brest pour tenter d’apercevoir leur héros.

Francis Joyon, qui a construit son premier multicoque à partir d’éléments récupérés dans les poubelles de la course au large, a gardé cet esprit. Il est très économe du matériel et adepte de la récupération et de la chasse au gaspi. Certains équipiers le surnommaient « Francis faut pas gâcher ». Sur son nouvel « Idec », il a réinstallé des éléments d’accastillage du premier trimaran et notamment « la fameuse barre à route qui connaît la route ».

Malgré son problème en tête de mât, il n’a jamais pensé à l’abandon : « Au niveau de l’équateur, j’ai vu que l’île la plus proche était Fernando de Noroha : l’escale étant autorisée par le règlement, j’ai pensé m’y arrêter pour trouver un endroit calme pour travailler en toute sécurité dans le mât »
.
Il y a quatre ans, Joyon s’était débrouillé seul pour l’analyse météo. Il y passait quatre heures par jour. Pour cette tentative, il s’était offert les services d’un spécialiste, Jean-Yves Bernot. « Bernot a placé la barre très haut. Parfois, il me disait : "Dans 24 heures, tu es censé être 680 milles plus loin..." Parfois, j’avais envie de lui dire qu’il poussait fort. Avec lui, c’était du 100 % ».

Selon Joyon, la casse fait partie du jeu, surtout autour du monde : « On ne peut pas espérer faire un tour du monde sans rencontrer de problèmes techniques, parce que ce sont des bateaux puissants, rapides qui fatiguent énormément le matériel. Je n’ai pas touché un outil pendant presque 40 jours. Les problèmes sont arrivés après, parce qu’il y a l’usure du bateau, des cordages : on est obligé d’en tenir compte dans un tour du monde ».

DÉPART POUR GROUPAMA 3




Groupama 3 s´est élancé ce jeudi 24 janvier à 8h 50´ 17´´ (heure française) sur la ligne de départ du Trophée Jules Verne, ligne définie par l´alignement du cap Lizard (Angleterre) et du phare de Créac´h (Ouessant). Franck Cammas et ses neuf équipiers doivent franchir cette même ligne après avoir viré les trois caps avant le 15 mars à 01 heure 09 minutes 21 secondes (heure française) pour s´adjuger le record autour du monde.


C’est parti : le trimaran vert a franchi la ligne de départ à quelques encablures du phare de Créac’h dans une jolie brise de secteur Nord-Ouest d’une quinzaine de nœuds sous grand voile à un ris et trinquette. Groupama 3 filait déjà à plus de 25 nœuds en route vers le cap Finisterre qu’il devrait atteindre en fin de journée. Les prévisions météorologiques laissent augurer une belle descente pour cette première journée de mer puisque la brise devrait rapidement tourner au secteur Nord en forcissant vingt nœuds, puis à l’Est près des côtes espagnoles en atteignant plus de trente nœuds. Les premières 24 heures devraient donc permettre à Franck Cammas et ses neuf équipiers de pointer au large de Lisbonne demain matin vendredi.

Yves Parlier, navigateur de Groupama 3 :
« Nous sommes arrivés dans la nuit au large de Ouessant et nous avons pris la cape pour dériver avec la marée montante pour nous retrouver dans l’Est de l’île. Ce jeudi matin, vers 7h15, nous avons commencé à manœuvrer pour remettre le bateau en route sous grand voile à deux ris et trinquette. Puis nous avons abattu pour empanner et naviguer tribord amure dans une brise d’une quinzaine de nœuds. Nous avons renvoyé un ris et nous nous sommes élancés sur la ligne. Mais la mer de face associée à des remous et à la houle rendait le départ assez mouvementé, mais dès que nous avons dépassé Ouessant, la mer s’est assagie. Maintenant nous avançons à 25-27 nœuds avec une houle de travers en suivant notre routage. »


Les trois quarts du bord :
L’équipage de Groupama 3
Franck Cammas : skipper & chef de quart 1
Franck Proffit : chef de quart 2
Steve Ravussin : chef de quart 3
Yves Parlier : navigateur
Sébastien Audigane : 2ème barreur
Loïc Le Mignon : 2ème barreur
Frédéric Le Peutrec : 2ème barreur
Jan Dekker : équipier d’avant
Ronan Le Goff : équipier d’avant
Jacques Caraës : équipier d’avant

Les temps de référence
Trophée Jules Verne : 50j 16h 20’ (Orange II en 2005)
De Ouessant à l’équateur : 6j 11h 26’ (Geronimo en 2003)


Interview de l’équipage de Groupama 3

Franck Proffit : « Les phases de pré-départ ne sont pas très agréables à vivre, mais l’équipage est resté toujours très concentré. Cela fait tout de même un mois et demi que nous attendons l’ouverture ! Nous voulions un bateau léger, donc avec peu d’équipiers, ce qui a orienté le choix vers dix hommes embarqués avec qui nous avions déjà navigué. Il fallait aussi qu’il y ait des affinités parce que nous n’avons que 13 m_ de surface habitable… »

Jan Dekker : « J’arrive de Cape Town où il faisait beau puisque c’est l’été en Afrique du Sud. En tant que numéro un, je m’occupe des voiles d’avant et il y a donc pas mal de travail sur le pont. Nous sommes trois n°1 à bord (un dans chaque quart) et si je ne connais pas bien le bateau car je n’ai navigué que deux fois à bord, je vais apprendre le plus vite possible… »

Yves Parlier : « Le rôle que m’a confié Franck est de récolter plusieurs fois par jour des fichiers météo et des images satellites avec lesquels je vais lancer des routages. Ce travail sera confronté à celui de mon pendant à terre, le météorologiste Sylvain Mondon, ce qui permettra de définir avec Franck, la trajectoire optimale pour les deux jours à suivre. Il me faudra aussi expliquer à tous les équipiers les objectifs à court terme : laisser glisser, faire du cap, accélérer, économiser le bateau… Il faut aussi confronter les prévisions à la réalité en surveillant l’évolution météo pour se préparer aux conditions à venir. »

Sébastien Audigane : « Groupama 3 est un trimaran léger alors que Orange II était un catamaran plutôt lourd. On peut s’attendre à un gain de cinq jours car le bateau a le potentiel mais déjà, si nous passons sous la barre des cinquante jours, ce sera très bien. A part les quarts qui sont de trois heures au lieu de quatre, nous avons adopté le même type de fonctionnement que sur Orange II. »

Frédéric Le Peutrec : « Par rapport à Club Med sur lequel j’ai fait The Race, le trimaran est plus fin, très réactif, mais il demande beaucoup de concentration pour aller vite. Surtout il transmet beaucoup de plaisir à la barre ce qui est une grande qualité pour un bateau qui doit parcourir des milliers de milles... »

Steve Ravussin : « Si on a de belles vagues dans le Grand Sud, je serai comblé ! C’est un trimaran merveilleux, qui va très vite, très longtemps. »

Ronan Le Goff : « Orange II était plus gros, donc nous étions quatorze pour manœuvrer, surtout qu’il n’y avait pas d’enrouleur de génois. Mais Groupama 3 demandera à peu près la même énergie pour aller vite… »
Loïc Le Mignon : « Cela fait deux ans que nous préparons le bateau et un mois et demi que nous patientons : tout le monde est plutôt rassuré car les conditions au départ s’annoncent très maniables avec une quinzaine de nœuds puis 25-30 nœuds en arrivant sur le cap Finisterre. Cela va nous donner le temps de nous réhabituer au bateau et à la mer : c’est une entrée en matière tranquille. »

Jacques Caraës : « Je vais m’occuper de la vidéo avec Steve mais comme le bateau est exigeant et pas toujours bien protégé, il ne sera pas facile d’enregistrer des images aux moments les plus chauds ! Mais d’ors et déjà, ce tour du monde se présente comme une belle aventure que je vais essayer de faire partager à la terre. »

Franck Cammas : « Je suis le plus jeune de l’équipage et ce sera la première fois que j’irai dans les mers du Sud. Je suis donc très heureux de partir sur ce bateau rapide et qui a les capacités à battre le record autour du monde. Surtout entouré d’un équipage compétent, une bande de copains ! Sur la traversée de l’Atlantique, nous avons gagné quatre heures sur quatre jours, alors si nous gagnons 50 heures sur 50 jours, ce sera très bien. Mais Orange II avait profité d’une excellente météo sur la descente de l’Atlantique… Je ne sais pas si nous aurons les mêmes conditions ! »

lundi 21 janvier 2008

GROUPAMA 3 : LE DÉPART JEUDI SE PRÉCISE



Code orange dimanche... et code jaune aujourd'hui. Franck Cammas confirme qu'il faut se tenir prêt à un départ de Groupama 3 pour le Trophée Jules Verne sous 48 heures. Le maxi trimaran de 31,50 m devrait quitter Lorient mercredi 23 janvier dans l'après-midi, afin de couper la ligne de départ au large de l'île de Ouessant jeudi 24 au petit matin.

Dans l'attente d'une fenêtre météo favorable depuis le 6 décembre dernier, Franck Cammas et ses neuf équipiers ont déjà vu deux créneaux s'ouvrir et se refermer (le 24 décembre et le 1er janvier, ndlr). Ils savent ainsi combien les prochains jours seront déterminants à leur départ.
Pour l'anecdote, si Groupama 3 venait à franchir la ligne au large de Ouessant jeudi prochain, il s'élancerait trois ans jour pour jour après Orange II, actuel détenteur du Trophée Jules Verne en 50 jours 16 heures 20 minutes et 4 secondes.

L'avis de Sylvain Mondon, expert météo de Groupama 3 :

« La fenêtre que nous étudions est étroite, elle ne durera que quelques heures, et émane d'une situation peu classique pour un départ de Tour du Monde. En effet, l'anticyclone des Açores qui est actuellement positionné assez Nord remonte sur la Manche en repoussant un front froid. A l'avant de ce front, nous observons un vent de Sud-Ouest de 10-15 nœuds, mais qui devrait tourner pour quelques heures au secteur Nord-Ouest, entre 20 et 30 nœuds. Aujourd'hui, nous observons ce phénomène dans la matinée du jeudi 24 janvier. Ce créneau étant lié à la poussée anticyclonique, il faut surveiller de près le déplacement de l'anticyclone des Açores dans les prochains jours, car si il se déplace plus vite que prévu, la fenêtre peut se refermer.»

Bravo Monsieur Joyon !

Par ailleurs, quelques heures avant de s'élancer sur le même parcours, Franck Cammas et Franck Proffit n'ont pas manqué de féliciter Francis Joyon pour son record extraordinaire dans le Tour du Monde en solitaire à bord du trimaran IDEC en seulement 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes, soit 14 jours de mieux que le précédent chrono détenu par la britannique Ellen MacArthur depuis 2005.

Franck Cammas, skipper de Groupama 3 :
« Vraiment chapeau ! J'ai bien sûr suivi tout son record et Francis a fait un Tour du Monde exemplaire en tous points ; que ce soit pour le pilotage de son bateau, la stratégie et la gestion globale de sa couse. Il a eu de la réussite sur la première partie de son parcours avec des enchaînements météo très rapides mais il a su conserver ce rythme incroyable jusqu'à la fin, malgré des passages difficiles à négocier. Nous ne partons pas pour nous attaquer au même record, puisque nous sommes en équipage, mais ce qu'il vient de réaliser est extrêmement motivant ! »

Franck Proffit, responsable opérationnel et chef de quart de Groupama 3:
« C'est exceptionnel … il n'y a pas d'autre mot. Je suis super content pour lui car il le mérite vraiment. Francis est l'un des coureurs océaniques les plus rapides en solitaire et il avait déjà su le démontrer quand il courrait dans d'autres classes de bateaux. Il est aujourd'hui à la tête d'un très beau projet, à la barre d'un très beau bateau et il a su exploiter à merveille une belle météo. L'alchimie de tous ces facteurs lui offre aujourd'hui une magnifique réussite. Toutes mes félicitations à ce grand Monsieur. »

L'équipage « Jules Verne » de Groupama 3:
Chef de quart – barreur : Franck Cammas (Skipper), Franck Proffit, Stève Ravussin
Deuxième Barreur : Frédéric Le Peutrec / Loic Le Mignon / Sébastien Audigane
N°1 : Ronan Le Goff / Jan Dekker / Jacques Caraës
Navigateur : Yves Parlier
Expert météo à terre : Sylvain Mondon (Météo France)

Un projet de course à la voile autour du monde au départ de Brest en 201




Une course à la voile autour du monde réunissant des grands multicoques pourrait partir de Brest le 30 décembre 2011. C'est ce que le maire de Brest, François Cuillandre, a annoncé en marge de l'arrivée du navigateur en solitaire Francis Joyon. La communauté urbaine de Brest travaille sur le projet depuis deux ans avec la société Pen Duick. Elle estime qu'il existe une place dans le calendrier des grandes courses à la voile pour une épreuve de ce type.

Un projet qui nécessite cependant des concurrents, puisque, à ce jour, seules deux plateformes compétitives existent, Sodeb'O et IDEC, dont le skipper Francis Joyon, s'est déclaré "pas du tout intéressé". Il faut dire que l'homme venait tout juste d'en terminer avec 57 jours 13h34'06" de dur labeur...

dimanche 20 janvier 2008

FRANCIS JOYON PULVÉRISE DE 14 JOURS LE RECORD DU TOUR DU MONDE !




Exploit. Le trimaran IDEC a coupé la ligne d´arrivée à Brest ce dimanche 20 janvier 2008 à 00h39´58´´heure française. A 51 ans, Francis Joyon (re)devient ainsi le solitaire le plus rapide autour du monde en 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes. Il atomise de 14 jours, 44 minutes et 27 secondes le précédent record, détenu depuis 2005 par la navigatrice britannique Ellen MacArthur !

L’exploit est ahurissant : alors qu’il pensait simplement descendre sous la barre des 70 jours (le temps à battre était de 71 jours et 14 heures), le marin de Locmariaquer passe sous celle des 60 et même donc en-deçà de celle des 58 jours. A bord d’IDEC, Francis Joyon a parcouru réellement près de 26 400 milles nautiques (près de 49000 kilomètres) à la moyenne extravagante sur l’eau de 19,09 nœuds, près de 4 nœuds de moyenne de plus qu’Ellen MacArthur !_Francis Joyon devient en prime le seul marin au monde à avoir réussi deux fois une circumnavigation solitaire en multicoques et sans escales, après son premier record de 2004. Exploit que seule Ellen MacArthur devait réussir à son tour ensuite une fois, en 2005, ce qui lui valut au passage son anoblissement par la Reine d’Angleterre. __

Le 2e chrono de tous les temps__Il faut encore bien mesurer que Francis Joyon vient de signer le deuxième chrono de tous les temps autour du monde… équipages compris ! Ainsi le record en équipage du géant Cheyenne de Steve Fossett (58 jours, 9 heures et 32 minutes en avril 2004) est battu. Seul l’équipage du maxi-cataman Orange II de Bruno Peyron conserve le chrono absolu en un peu plus de 50 jours. _A bord de son trimaran de 30 mètres dessiné par le cabinet d’architectes Irens/Cabaret, Francis Joyon a en prime la satisfaction d’avoir réalisé un tour du monde entièrement « propre », sans aucune énergie fossile (aucun moteur), ne fabriquant son énergie qu’à l’aide d’une éolienne et de panneaux solaires. _Après une dernière semaine de course très éprouvante pour les nerfs – un hauban menaçant de tomber, ce qui aurait entraîné le démâtage d’IDEC - Francis Joyon reste encore quelques heures en mer après ce passage de la ligne d’arrivée. Il a débarqué au port de commerce de Brest ce dimanche matin à 9h.

Déjà la fête des retrouvailles en rade de Brest
Le jour se lève à peine et Brest est déjà debout pour accueillir Francis Joyon et saluer son immense exploit. De nombreuses vedettes à passagers, voiliers et semi-rigides se dirigent en ce moment même vers le grand trimaran rouge du marin trinitain et vont lui faire une escorte d'honneur, pour son grand retour à terre après plus de 57 jours de navigation solitaire autour de la planète. La rade de Brest s'anime. A terre aussi, ça fleure bon les retrouvailles, entre autres au quai Malbert du port de commerce où Francis va être accueilli dans une ambiance festive avant de répondre aux questions des médias et surtout de pouvoir enfin serrer dans ses grands bras sa famille et ses amis. "Jamais Francis n'aurait imaginé battre le record avec un tel écart" témoignait hier sa femme Virginie, "il a beaucoup donné pour aller au bout de son rêve... je suis très fière de lui".

La foule à l'arrivée de Francis Joyon
C'est peu après 10h que Francis Joyon est entré dans le port de Brest à bord de son trimaran Idec, accompagné par plusieurs dizaines de bateaux, de feux d'artifices et de la sirène de l'Abeille Bourbon. Sur le quai Malbert, plusieurs centaines de personnes l'acclamaient.

Dans la foule, on notait la présence d'Ellen MacArthur, précédente détentrice du record du tour du monde en solitaire et sans escale, des navigateurs Alain Gautier et Anne Liardet, de l'ancien ministre de l'Agriculture Jean Glavany et de l'ancien patron de la Scuderia Ferrari Jean Todt.

La fête a duré une bonne heure, aux rythmes de chants de marins et d'une fanfare. Très fatigué, Françis Joyon n'a parlé que quelques secondes, entouré des siens.

Francis Joyon est donc (re)devenu cette nuit le recordman du tour du monde en solitaire, dans le chrono ahurissant de 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes. Plus de 26000 milles nautiques de frissons avalés à 19,09 nœuds de moyenne, 4 nœuds de mieux qu'Ellen MacArthur dont Joyon améliore le record de deux semaines complètes. Voici très résumé, en trois actes, le film de son extraordinaire aventure océanique.

Acte I : tout schuss jusqu'en Tasmanie
Francis Joyon s'élance de Brest le vendredi 23 novembre 2007 à 11h05, dans un flux de nord-est qui monte à 25 nœuds à la pointe de Bretagne. Pour battre le record d'Ellen MacArthur, IDEC doit accomplir sa giration planétaire en moins de 71 jours, 14 heures et 18 minutes, soit revenir avant le 3 février 2008 à 1h23. Reconnaissable à sa très longue étrave centrale, le plan Irens/Cabaret allonge illico la foulée. Et respecte à la lettre le plan de bataille défini avec le routeur Jean-Yves Bernot : empannage dans le golfe de Gascogne et tout faire pour conserver de la vitesse sans rupture jusqu'à l'alizé. Francis Joyon pense alors mettre « huit jours pour atteindre l'équateur ». Mais dès le départ il tient des moyennes à 22 nœuds, enchaîne des journées à 500 milles et le paysage défile : cap Finisterre le premier jour, passage entre Açores et Madère le deuxième, Canaries avalées au troisième, Cap Vert au quatrième… « La fenêtre météo est vraiment bonne » se félicite le skipper qui, déjà, ne tarit pas d'éloges sur le passage dans la mer de son bateau. _A ce rythme de feu, IDEC franchit l'équateur dès le vendredi 30 novembre, en 6 jours et un peu moins de 18 heures : deux jours de mieux qu'Ellen MacArthur et dix heures de moins qu'Orange II en équipage dans le Trophée Jules Verne ! Et dire que le premier objectif était de « perdre le moins de temps possible sur Ellen dans la première partie…» _Après 10 jours de course, à peine ralenti par le Pot au Noir, le 3 décembre IDEC est déjà par le travers de Rio de Janeiro, avec 800 milles d'avance. Le jeu consiste à aller chercher un petit centre dépressionnaire qui ouvrirait la porte vers le Cap de Bonne Espérance. Et IDEC trouve le passage, déboule dans l'Atlantique Sud avec un flux de nord, en bordure de l'anticyclone de Sainte Hélène. La diagonale est splendide. La flèche rouge allume à 25 nœuds de moyenne en déflorant les quarantièmes rugissants. On attend un temps canon à Bonne Espérance. On n'est pas déçu : le 8 décembre, IDEC efface le cap des tempêtes en 15 jours, 7 heures et 16 minutes à la moyenne sur l'eau de 20,12 nœuds ! Son avance grimpe à 4 jours.

Fuyant en avant d'une dépression, IDEC s'attaque à l'Indien à toute allure : 560 milles, puis 600 milles par jour ! Le rythme tenu par l'homme placide est celui d'un équipage et le 12 décembre près des Kerguelen, avec les albatros pour témoins, Joyon pulvérise le record des 24 heures en solo : 616 milles à 25,66 nœuds de moyenne (record amélioré à 619 milles par Thomas Coville quelques semaines plus tard). Le dimanche 16 décembre, IDEC est au Cap Leeuwin, au sud de l'Australie, avec 7 jours d'avance. Le mardi 18 décembre, au Sud de la Tasmanie, Joyon désintègre le record de l'océan Indien en 9 jours et 12 heures, soit 3 jours de moins qu'Ellen MacArthur et seulement 59 minutes de plus qu'Orange II. « Avec des chiens enragés aux fesses on va plus vite », s'amuse Francis. Mais c'est une autre paire de manches qui l'attend dans le Pacifique.


Acte II : un Pacifique de combat
Car voilà, après s'être sauvé à grande vitesse devant une dépression, c'est maintenant un anticyclone qui menace d'encalminer Joyon dans la traversée de son troisième océan, le mal nommé Pacifique. Au sud de la Nouvelle Zélande, il est déjà par 54 degrés Sud, dans de gros creux, sous des nuages noirs chargés de pluie et de vents violents qui obligent à manœuvrer et optimiser la route en permanence pour ne pas se faire scotcher. Au 27e jour de course, IDEC est déjà à mi-parcours. Mais pour conserver des vitesses élevées et échapper aux calmes, il faut descendre, descendre… et donc s'approcher des zones où dérivent les icebergs. Le Noël de Francis Joyon est un peu spécial. Sous tourmentin seul, IDEC essuie « une dégelée », comme dit Francis : 40, 45 puis 50 nœuds, mer méchante, creux de 7 mètres et déferlantes, le tout en traversant un véritable champ de mines d'icebergs. De quoi se fâcher définitivement avec la nature, mais ce n'est pas le genre de la maison Joyon. Et Francis-l'écolo adresse « aux enfants qui voudront bien partager mon rêve » le message suivant : « Je me rends compte que la planète n'est pas si grande que ça. Les générations passées la croyaient illimitée et ont puisé dans ses ressources, mais nous sommes arrivés à une période charnière. Toute la beauté du monde existe encore, mais pour la première fois les hommes peuvent y mettre fin si on n'y prend garde. Je crois que les enfants comprennent cela mieux que les adultes, souvent endormis par leur quotidien. Seuls les enfants arriveront à les réveiller, leur faire comprendre que l'essentiel est de permettre aux oiseaux de voler dans les forêts, aux ours blancs d'errer sur la banquise, aux dauphins de surfer sur les vagues des océans et au final, à l'homme de vivre en harmonie sur sa planète». Pour faire son cap dans le Pacifique, IDEC devra descendre jusqu'à 59 degrés de latitude Sud alors que l'alerte glaces est à 52°. Mais la récompense est au bout de cette route à risques dictée par la météo. Le samedi 29 décembre, à 23h31, IDEC est au Horn. Le cap dur en 35 jours ! Encore un exploit ahurissant, à 21 nœuds de moyenne sur la route effectivement avalée. Son avance sur Ellen MacArthur est de 9 jours et demi. Délivrance ? On ne se méfie jamais assez de la remontée de l'Atlantique…

Acte III : la remontée de tous les dangers
Dès la Terre de Feu, le coup de frein est brutal. De la pétole, du près - « deux fois la route et trois fois la peine » - IDEC est contraint de louvoyer au grand large de l'Argentine. Oubliées les journées à 500 milles, il faut se contenter de 300, voire moins. Dans un premier temps, au 40e jour de course, Francis Joyon parvient à exploiter un couloir de vent un peu moins défavorable entre un anticyclone et une dépression. Mais du 4 au 8 janvier, l'Atlantique Sud se montre impitoyable : le vent est résolument au Nord, dans l'axe de la route, et oblige le skipper morbihannais à multiplier les virements de bord. Le trimaran est rudement secoué dans une mer désordonnée. « Je souffre de voir souffrir mon bateau », soupire Francis, qui regrette aussi d'avoir perdu « l'aiguillon Thomas Coville », lancé à la poursuite du même record mais contraint à l'abandon sur casse au large de l'Afrique du Sud. Pour Joyon, l'obsession est de toucher enfin les alizés d'Est qui permettront de refaire tourner les chronos dans le bon sens. Le 8 janvier, c'est chose faite. Le 9, le speedo repasse au-dessus des 20 nœuds et malgré un blocage du safran babord (qui sera réparé assez vite), le bateau monte de nouveau sur un flotteur et file vers l'équateur. La ligne de séparation des deux hémisphères est franchie de nouveau le 10 janvier en 48 jours, 2 heures et 18 minutes… 12 jours et demi d'avance !

Mais dès le lendemain, on craint le pire. La drisse de grand voile a cédé et en montant au mât pour réparer, Francis Joyon découvre une avarie autrement plus grave : l'axe qui retient le hauban tribord se dévisse. Qu'il sorte de sa base et c'est le démâtage. Cinquante jours d'efforts peuvent être réduits à néant en une fraction de seconde. Le suspense devient insoutenable : tiendra, tiendra pas ? Joyon se blesse à la cheville en escaladant deux fois, puis trois fois son mât, 32 mètres au-dessus d'une mer croisée. Voilure réduite et route adaptée pour laisser le hauban sous tension – position dans laquelle il risque le moins de se s'arracher – IDEC parvient pourtant à poursuivre sa route. Le 14 janvier, Francis lâche « c'est un peu galère, le bateau est très fatigué ». Doux euphémisme, car les avaries s'enchaînent. Au près par 28 nœuds de vent, l'étai de trinquette cède, une poulie transperce le pont… c'est la guerre, avec toujours l'épée de Damoclès de ce hauban qui peut lâcher à tout moment. Les journées sont dures pour les nerfs, jusqu'à ce mercredi 16 janvier où Francis réussit une quatrième ascension du mât d'IDEC et cogne au marteau comme un forcené sur la pièce traîtresse, pour la gripper définitivement. Opération réussie. Dès lors, la confiance revient à bord du trimaran rouge. Reste à éviter les derniers pièges d'une dépression très creuse dans le golfe de Gascogne pour filer vers un extraordinaire exploit à Brest : 57 jours, record atomisé de 14 jours. Deux semaines complètes. Francis Joyon était déjà un très grand marin. Cela ne va sûrement pas lui plaire, mais il est aujourd'hui une icône, de celles dont se nourrissent les rêves des gosses. Bienvenue dans la légende, Mister Francis.

Les grandes dates du record :
. Départ de Brest : vendredi 23 novembre 2007 à 11h05'52.
. Passage équateur (aller) : vendredi 30 novembre à 4h03 en 6 jours 17 heures et 58 minutes. 2 jours d'avance sur Ellen MacArthur.
. Cap de Bonne Espérance : samedi 8 décembre à 18h21, en 15 jours, 7 heures et 16 minutes. 4 jours d'avance.
. Record des 24 heures le mercredi 12 décembre 2007 : 616,07 milles à 25,66 nœuds de moyenne. Amélioré depuis à 619,3 milles par Thomas Coville.
. Cap Leeuwin : dimanche 16 décembre. 7 jours d'avance.
. Record de l'océan Indien (sud Tasmanie): mardi 18 décembre en 9 jours, 12 heures et 3 minutes. Record amélioré de 3 jours.
. Cap Horn : samedi 29 décembre à 23h31 en 35 jours, 12 heures et 31 minutes. 9,5 jours d'avance.
. Passage équateur (retour) : jeudi 10 janvier à 13h23 en 48 jours, 2 heures et 18 minutes. 12 jours et 11 heures d'avance.
. Arrivée à Brest : dimanche 20 janvier 2008 à 0h39'58'', en 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes. Record battu de 14 jours, 44 minutes et 27 secondes. Environ 26400 milles parcourus à la moyenne de 19,09 nœuds sur l'eau.

L'historique des trois records solo en multicoques et sans escale :
. Francis Joyon. IDEC. 2008. 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes.
. Ellen MacArthur. Castorama. 2005. 71 jours, 14 heures, 18 minutes et 33 secondes
. Francis Joyon. IDEC. 2004. 72 jours, 22 heures, 54 minutes, 22 secondes.

Tentatives précédentes :
. Olivier de Kersauson. Un autre regard.1989. 125 jours, 19 heures, 32 minutes. Deux escales
. Philippe Monnet. Kriter. 1988. 129 jours. Deux escales.
Alain Colas. Manureva. 1974. 169 jours. Une escale.

samedi 19 janvier 2008

JOYON JUSQ'AU BOUT.....DE L'EXPLOIT !



C'est à vive allure que Francis Joyon se rapproche de Brest, ligne d'arrivée de son exceptionnel record du tour du monde en solitaire. A moins de 700 milles de la délivrance, en ce 57ème jour de solitude, Joyon et son fidèle trimaran IDEC espèrent bien prolonger leur folle cavalcade une pleine journée encore, en restant au contact des vents forts et en soignant l'angle de route par rapport au vent. Les 150 derniers milles s'annoncent plus cléments, mais les capacités du plan Irens-Cabaret à se nourrir du moindre souffle laissent malgré tout entrevoir un passage de la ligne d'arrivée dans le courant de la nuit et une entrée triomphale dans le goulet de Brest dimanche vers 9h30.

Avec un passage de ligne qui se confirme d'heure en heure pour les premières heures de dimanche (3 heures?), c'est vers 9 heures que Francis Joyon fera son entrée dans la rade de Brest.

Il viendra amarrer son "géant" IDEC au ponton de la Recouvrance, quai Malbert Port de commerce de Brest à 10 heures 30.

Un podium grand public est installé quai Malbert pour recueillir vers 11 heures 30 les premiers mots et les premières réactions du nouveau recordman du tour du monde en solitaire.

300 milles et décompte....
Point de fléchissement cette nuit pour IDEC et Francis Joyon lancés à toute allure dans le Golfe de Gascogne vers la conclusion de son extraordinaire tour du monde. Avec des pointes à plus de 24 noeuds dans du vent toujours fort (25 noeuds), le grand trimaran rouge profite à plein du régime dépressionnaire accroché au nord des Açores. Tribord amure, soit le bord "chéri" par Francis pour soulager un multicoque fatigué dont le mât se refuse dorénavant à pivoter sur l'autre amure, IDEC parvient à gagner en latitude vers la pointe de Bretagne. Mais avec l'adonnante, vent tournant de plus en plus à l'Ouest, Francis va aujourd'hui devoir choisir entre route directe vent arrière, une allure moins rapide pour un multicoque, et réaliser un petit contrebord pour redonner à IDEC un meilleur angle de vent pour embouquer le goulet de Brest... Comme un athlète aux muscles endoloris, IDEC rechigne quelque peu à la manoeuvre. Francis perdra un peu de temps dans l'opération mais devrait malgré tout se présenter devant le "Petit Minou" vers 3 heures du matin demain dimanche, après 57 jours de mer....

Une météo idéale jusqu'au bout
La dépression accrochée hier en son versant Sud Est a bien la virulence attendue et c'est dans des vents de 30 à 35 nœuds que le grand trimaran IDEC progresse à plus de 20 noeuds de moyenne depuis 24 heures. Et comme dans l'Indien ou le Pacifique, Joyon paie de sa personne et de son sommeil pour garder équilibre et trajectoire dans les longues glissades à 27 et 28 noeuds, de nuit, sur une houle accusant les 5 à 6 mètres de creux.
Comment ménager si près du but une monture fatiguée qui ne demande face aux grands espaces proposés qu'à se lancer à corps perdu aux allures débridées? Francis Joyon y consacre depuis 48 heures et sa dernière escalade dans le mât, toutes ses pensées et toute son énergie. IDEC a retrouvé les conditions pour lesquelles il a été conçu, vent fort aux allures portatives et longue houle musclée. Sous deux ris et gennaker, point de pédale de freins pour le skipper solitaire qui doit, dans ses choix de trajectoires, concocter pour son vaisseau usé par près de 26 000 de sprint, les enchaînements les moins brutaux possibles entre les trains de houle. De jours comme de nuit, Joyon est depuis 56 jours passé maître en l'exercice. Au compteur, les marques quotidiennes se chiffrent à nouveau à 480 nautiques parcourus à plus de 20 noeuds de moyenne.
En alerte permanente,
Joyon ne dort vraiment que d'un oeil, attentif à toute variation de la force et de la direction du vent, vigilant à la bonne tenue des 9 tonnes du bateau sur les vagues puissantes de l'Atlantique, connecté surtout au pouls de son navire ; un pouls qui bat parfois la chamade quand certains postes cruciaux à sa bonne marche menacent de lâcher, à l'instar de cette drisse de grand voile usée et proche de la rupture. La proximité du plateau continental, le trafic des cargos et des navires de pêche et l'arrivée sur les côtes bretonnes vont accentuer le stress avoué de cette fin de course. Prudent dans ses propos comme dans sa gestion du voilier, Joyon se refuse encore à s'engager sur une heure d'arrivée. Son grand voyage touche à son terme pourtant. Et si l'homme Joyon aspire à retrouver êtres chers et terre ferme, le marin profite encore et toujours de la magique alchimie entre l'eau, l'air et son grand bateau. "C'est la fin d'un grand voyage, et la mer est un milieu attachant, c'est pourquoi il est dur de s'arrêter..."
Propos de Francis Joyon
La vacation du jour a donné ce matin la possibilité en direct sur le site www.trimaran-idec.com à une douzaine de journalistes d'interroger Francis. Le skipper d'IDEC, toujours lancé à plus de 20 noeuds s'est prêté de bonne grâce à l'exercice, répondant avec sa gentillesse habituelle à toutes les questions, délivrant ici et là des réparties déconcertantes. Francis Joyon : "J'ai beaucoup appris sur la météo durant ce tour du Monde ; la collaboration avec Jean-Yves Bernot a été intéressante. Elle m'a permis d'appréhender avec plus de finesse l'analyse des phénomènes météo."
"J'ai la satisfaction d'effectuer un beau parcours. Je fais cela parce j'aime le faire. Je ne le fais pas par ambition personnelle..."
"Les records sont faits pour être battus. Mon temps en 2003 paraissait intouchable. Et pourtant Ellen MacArthur, en réalisant une performance extraordinaire, l'a battu l'année suivante.."
"Il y a eu deux moments de grande inquiétude ; une fois dans le Sud, au milieu des glaces alors que la tempête se levait, et dans le pot au Noir, quand j'ai découvert que je risquais le démâtage..."
"La dislocation de la banquise et la dérive des icebergs à des latitudes inhabituelles m'ont beaucoup interpellé. Mon temps sur ce tour du monde signifie aussi que la planète n'est pas si grande que cela, et que nous aurions grand intérêt à nous en préoccuper davantage..."

Quelques heures avant l’arrivée d’Idec à Brest, le skipper de Sodeb’O( ndlr Thomas Coville) commente l’incroyable performance de Francis Joyon. Le record du tour du monde en solitaire et en multicoque pourrait tomber à plus ou moins 58 jours, un chrono stupéfiant auquel Thomas Coville s’attaquera à nouveau l’hiver prochain.
Quels seraient tes premiers mots pour Francis ?
« Je lui dirai bravo tout simplement. Nous n’avons pas besoin de nous dire grand chose pour qu’il sache à quel point je suis admiratif et respectueux de ce qu’il a fait. Nous sommes peu dans le monde à avoir la capacité de mesurer réellement ce qu’il vient d’accomplir. »
Quels sont, selon toi, les facteurs clefs de cette réussite ?
« Tout d’abord, la rencontre avec les architectes Nigel Irens et Benoît Cabaret puis la construction de son bateau où, grâce à l’expérience de son premier tour du monde en multicoque, il savait exactement ce qu’il voulait. Pour moi, 50 % du projet étaient mis en bouteille à ce stade. Ensuite, son départ avec une fenêtre météo exceptionnelle que nous n’avons pas revu depuis et dont tout le monde rêve. Et enfin, de part sa maturité mais aussi sa force physique et mentale, Francis a cette capacité fantastique de s’adapter à toutes les conditions et à donner le meilleur de lui dans la difficulté. Il n’a jamais lâché même lorsqu’il a eu des avaries. S’il y a toujours une pincée de réussite, Francis est allé la chercher jusqu’au bout. »
Joyon le « menhir », ce marin inclassable à la poignée de mains aussi intimidante que sa carrure, peut « tout faire à la force de poignet » selon Coville qui a notamment partagé avec lui une Transat Jacques Vabre « Francis a dix ans d’expérience de plus en multicoque transocéanique et a subi de nombreuses galères avant d’aboutir à ces deux merveilleux tours du monde. Il jouit aujourd’hui de cette expérience qu’il a fait fructifier et qui lui donne aujourd’hui la capacité de passer même quand c’est très dur. »